Thursday, October 29, 2009

Fan de Jack Smith, télétransporte toi vers Berlin

Live Film! Jack Smith! (aaaaah, pourquoi n'y a-t-il rien de cela à Paris?)

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(Haut : Jack Smith avec un faux nez, Mario Montez et X. photo centrale : Mario Montez and Frankie Francine (Frank Di Giovanni) début des 1960’s in The Beautiful Book de Jack Smith. En bas, Mario Montez,  Dove, Reese Haire, Jack Smith et X,  pre-Flaming Creatures color apartment sessions,  c.a. 1958-59@Jack Smith Estate)


Five Flaming Days in a Rented World
New Films and Performances - Over 50 International Guests - Superstar Mario Montez Live!

From October 28- November 1 2009 Arsenal - Institute for Film and Video Art and Hebbel-am-Ufer (HAU) Theater present "LIVE FILM! JACK SMITH! Five Flaming Days in a Rented World", a monumental event that brings together over fifty international artists and scholars to pay homage to the pioneering American underground artist and queer icon Jack Smith twenty years after his death from AIDS.

Through performances, film and video screenings, installations, concerts, lectures and discussions, LIVE FILM! JACK SMITH! not only offers a variety of perspectives on the gender and genre bending work of Smith, Andy Warhol and fellow '60s avant-gardists, but also situates this work in dialogue with that of a diverse group of international contemporary artists.

LIVE FILM! JACK SMITH! participants were invited to Berlin in March 2009 for private screenings of the restored copies of Smith's films that were placed in the Arsenal film archive by film restorer Jerry Tartaglia of the Plaster Foundation, the organization founded by performance artist Penny Arcade and critic/scholar Jim Hoberman to save and archive Smith's work after his death. Following extensive discussions about Smith's work and the context of its production, participants have had almost six months to prepare new work for the public festival.

Special festival guest is the legendary underground Superstar Mario Montez who will be making his first live appearance in over thirty years! With a special star-studded production of Warhol screenwriter Ronald Tavel's play "The Life of Juanita Castro", LIVE FILM! JACK SMITH! will also pay homage to Tavel, who was Smith and Montez's close collaborator and who died unexpectedly after the March screening weekend.

Participants include: Bini Adamczak, Callie Angell, Penny Arcade, Tim Blue, Nao Bustamante, Christophe Chemin, Eric D. Clark, Tony Conrad, Beatrice Cordua, Douglas Crimp, Martin Dannecker, Vaginal Davis, Diedrich Diederichsen, Jennifer Doyle, Rainald Goetz, Ulrich Gooß, Karola Gramann, Chloe Griffin, Herbert Gschwind, Birgit Hein, Wilhelm Hein, John Edward Heys, Werner Hirsch, Jim Hoberman, Oliver Husain, Ken Jacobs (live Skype appearance), Dominic Johnson, Kinky Justice, Andrew Kerton, Sean Michael Kirk, Jakob Lena Knebl, Michael Krebber, Deirdre Logue, Renate Lorenz, Marie Losier, Guy Maddin, Thomas Meinecke, José Muñoz, Ulrike Ottinger, Uzi Parnes, Phantom/Ghost, Gwenäel Rattke, Juliane Rebentisch, Evelyn Rüsseler, Hans Scheirl, Heide Schlüpmann, Isabell Spengler, Tim Stüttgen, Juan Suárez, Jerry Tartaglia, Amy Taubin, Chris Tedjasukmana, José Teunissen, Ela Troyano, Gordon W. and Klaus Walter.

Curated by Susanne Sachsse, Marc Siegel, and Stefanie Schulte Strathaus. "LIVE FILM! JACK SMITH! Five Flaming Days in a Rented World" is a co-production by Arsenal Institute for Film and Video Art and Hebbel-am-Ufer (HAU) Theater, funded by Hauptstadtkulturfonds Berlin.

Wednesday, October 28, 2009

"Irène" , pas con


Irène est un film bouleversant.
Alain Cavalier, son auteur, a décidé de se placer, depuis quinze ans, à côté du cinéma et à côté de l'art, du moins à côté de cette représentation désormais officielle de l'un et de l'autre, celle qui veut que ces deux disciplines dans leur exposition contemporaine requièrent une division du travail plutôt tatillonne  (cf Hito Steyerl: " is the museum a factory?" dans le e-flux journal).
Or Alain Cavalier est seul ou à deux (avec Françoise Widhoff). Il n'arrête pas de le dire ou plutôt de le produire, c'est à dire de le montrer avec sa caméra DV; sans pour autant que son travail se situe dans la veine diariste du "je au cinéma". D'ailleurs, il ne se nomme pas cinéaste mais "le filmeur "(2005). Il ne filme pas des gens mais des choses, sa caméra n'est pas le stylo de ses humeurs : c'est plutôt un regard qui exige qu'on le regarde droit dans les yeux, car il s'agit de choses qu'on ne peut envisager.
Une partie de ce film, pourtant suit les signes d'écriture d'un cahier, écrit par Cavalier, de 1971. Un cahier de comptes, même si le calcul n'en est pas l'objet. Les comptes d'une année fatidique (mais comment le sait-on en la vivant?) après laquelle la très belle (et très nerveuse) Irène Tunc, sa compagne et son actrice (cf La Chamade) décide impatiemment de prendre le volant de leur automobile lors d'un séjour dans la maison d'une amie à Neaufle et se tue dans un accident. Trente-sept ans ont été nécessaires à Alain Cavalier pour qu'elle "revienne".
Ce qui est magnifique dans ce film c'est qu'il ne choisit pas entre le portrait de la morte et celui de l'endeuillé, qui restent chacun incomplets et inexpliqués. Si l'on parlait peinture, on pourrait dire que le cerne est absent du tableau, Il y a du Cézanne dans sa méthode : du discontinu, des traits répétés, des absences, des coups donnés à la figuration (littéralement: lorsque le filmeur montre son visage défiguré par une chute carabinée dans le métro), une admiration et une désillusion permanente pour toutes les ressources magiques de l'icone : qu'il s'agisse d'un oiseau, d'un objet-totem, d'une maison où on revient chercher une preuve fantômatique voire d'une photographie de Sophie Marceau qu'on rêve d'engager comme double. Et si le cinéma est (une écriture de) lumière alors reste en permanence chez Cavalier un "refus d'éclairer les soins sombres", comme il le dit, c'est à dire d'apporter une solution unique qui serait la clef, cathartique ou non, permettant de passer à autre chose. Ca ne passe pas. Ca le dépasse.

Tuesday, October 27, 2009

Une rémanence....


25 octobre 2009. Projections de la 1ère représentation de Philippe Thomas décline son identité.  Une pièce à conviction en un acte et trois tableaux de Daniel Bosser, avec Philippe Thomas, Eric Duyckaerts, le public, Centre Georges Pompidou, 23 mars 1987 (70') et de sa représentation au Musée de Grenoble, 23 mars 1988  (70').

Saturday, October 24, 2009

La vie est Lebel à la Maison Rouge



 ci dessus : Victor Hugo, empreinte de dentelle (fin 1855-1856), une vue de l'exposition (photo Marc Domage) et les douilles franco-allemandes de la guerre de 14-18


Visiter son exposition en compagnie de Jean-Jacques Lebel est à la fois un plaisir et une pause à l’écart de la consternante et brutale actualité. Son exposition, c'est en l'occurrence celle de sa collection, si l'on entend par collection, moins "pognon" (qui est là, bien sûr...) que cette cueillette ou collecte de l’ethnologue, mu/e par le désir de se rapprocher le plus possible d’un sens, qui restera toujours un horizon chimérique. Jean-Jacques Lebel n'est pas un personnage extérieur à toutes ces poétiques de la revendication, de l’insurrection dirait-il, qui peuplent la seconde moitié du XXè siècle: il a les deux pieds, le corps et la tête dedans, du surréalisme (exclu en 59), au happening (dès 1960) ; de la Beat generation au Désir attrapé par la queue (qu'il mit en scène, avec Taylor Mead et Rita Renoir, musique de Soft Machine, en 67) ; du mouvement du 22 mars (1968) à Deleuze ; de l'@narchie au festival Polyphonix et du retrait des années 1970 à l’action affirmative à partir de 1988, en tant d’artiste-éditeur-curateur… et collectionneur. C’est tout un monde qu'il a cotoyé et qu'il charrie ; et ce monde, il l’entend comme un mouvement collectif et permanent contre…., qui mène, par exemple, de l’autoportrait de Louise Michel (il y a aussi un dessin qu’elle fit en prison) aux barricades de 68, et des dessins de Victor Hugo à Duchamp et à la contre-culture (sic !).
A la Maison-Rouge et avec Jean de Loisy, ces liaisons se manifestent de façon délibérément anti-chronologique et par ensembles, qu'on pourrait qualifier de « nuages » de pièces. Jean-Jacques Lebel, qui connait le beau vice d'LBV, vous y mène directement… à un dessin d'Unica Zürn qui fait peu à peu apparaître des signes sexués et dont il n'est pas peu fier. Il les a rapproché de deux dessins de Leonora Carrington, exécutés au début des désastres de la guerre pendant l'épisode de sa dépression et ils détournent ou retournent à Goya et ses monstres. Il pointe, pas très loin, un dessin de Victor Hugo, « comme un frottage de Max Ernst au siècle précédent»: une empreinte de dentelle surmontée d’un point au cachet rouge et  à la Miro (cf.illustr)… auxquelles répondent sur le mur opposé, les encres d'architectures filiformes de Brion Gysin et un "dessous" d'affiche de François Dufrêne . Il se monte aussi des scénarios directement au mur, où William Burroughs tue, non sa femme, mais la famille prototypique américaine et rejoint Ginsberg et Orlovsky, alors que veille une graphie mystérieuse et gestuelle de Jack Kerouac. Du surréalisme, Lebel chérit aussi ce qu’ont pu en prendre les auteurs lointains, qu’il s’agisse d’Aimé Césaire ou de Wifredo Lam : l’acclimatation, comme on dit des plantes, n’était pas qu’à sens unique et c’est ce retour aux archipels de la pensée Glissant, son ami, ou de la musique Coleman, aussi son ami, qu’avec Lebel on célèbre aujourd’hui.
Il y a bien sûr des salles consacrés au cul (la plus grande, un peu trop hétéro au goût du BV, mais avec des trucs cochons de Dix et Grosz,), au sacré, à la guerre, avec même un cabinet noir dit de « l’irregardable » (avec Abou Graib). Le plus spectaculaire, dans ces grands sujets, ce sont ces murs entiers de sortes de vases dorés, dans le style floral de l’Art Nouveau, qui ne sont pas des vases mais des douilles avec un D. d’obus français et allemands de la guerre de 1914-18 (peut être la seule date à retenir, puisqu'elle lance l'histoire du XXè siècle?). Regarder ce qui fait horreur, ce contre quoi on s’insurge violemment, c’est aussi un leitmotiv que Lebel tient à distiller dans son exposition et ce n'est pas si facile.
Ainsi, les 52 electrochocs que subit Antonin Artaud, durant son internement en 1943 (l’année où Camille Claudel mourut dans son asile, aussi). Persuadé d’en avoir retrouvé une preuve, la radiographie de la colonne vertébrale d’un Artaud choqué, Lebel l’expose et il la fait reproduire en taille poster. La dernière salle tout en bas cède à la reconstitution : le lit de douleurs reconstitué d'Artaud interné et torturé à l’asile de Rodez voisine avec des séries de photographies (photomatons ou Denise Colomb) montrant la transformation d’une beauté fulgurante en un être comme écrasé par un coup de canon intérieur.
L'exposition s'appelle Soulèvements. Mais plutôt que de soulèvement (il y a quelque chose de mystique), il faudrait peut-être parler ici d’arrachement (quelque chose de physique) : on enlève le pansement et la blessure de l’art, de la culture, apparaît, pas encore tout à fait cicatrisée.

Friday, October 23, 2009

Add... filmographie

Parmi les nombreux films réalisés par Carole Roussopoulos:
Genet parle d'Angela Davis (1970)
Le F.H.A.R. (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) (1971)
Y a qu'à pas baiser ! (1971-1973)
Lip : Monique (1973)
Les Prostituées de Lyon parlent (1975)
S.C.U.M. Manifesto (1976)
Maso et miso vont en bateau (1976)
Le Viol : Anne, Corinne, Annie, Brigitte, Josyane, Monique et les autres... (1978)
Profession : agricultrice (1982)
La Mort n'a pas voulu de moi : Portrait de Lotte Eisner (1984)
Les Clés de Mauzac (1987)
L'Inceste, la conspiration des oreilles bouchées (1988)
Les Hommes invisibles (1993)
Debout ! Une histoire du Mouvement de libération des femmes (1970-1980) (1999)
Donner c'est aimer (2002)
Vieillir en liberté (2002)
Viol conjugal, viol à domicile (2003)
Il faut parler : Portrait de Ruth Fayon (2003)
Le Jardin de Lalia : des microcrédits pour les femmes maliennes (2004)
Des fleurs pour Simone de Beauvoir (2005)
Les Années volées (2005)
Sans voix... mais entendus ! Un hommage aux soins palliatifs (2006)
Pour vous les filles ! (2006)
Je suis un être humain comme les autres (2006)
Femmes mutilées, plus jamais ! (2007)
Mariages forcés, plus jamais ! (2008)
Ainsi va la vie. Cancer : de la peur à l'espoir (2009)
Pramont : une deuxième chance (2009)
Delphine Seyrig : un portrait (2009)

Thursday, October 22, 2009

Carole Roussopoulos 1945_2009


D'après Helène Fleckinger:
Carole Roussopoulos, née de Kalbermatten, réalisatrice pionnière de la vidéo et militante féministe, est décédée le 22 octobre, chez elle à Molignon, à l'âge de 64 ans, des suites d'un cancer. Née le 25 mai 1945 à Lausanne, Carole Roussopoulos passe son enfance à Sion et s’installe à Paris en 1967. Deux ans plus tard, sur les conseils de son ami l'écrivain Jean Genet, alors qu'elle vient d’être licenciée par le journal Vogue où elle travaillait, elle achète l’une des premières caméras vidéo portables vendues en France, le fameux « Portapack » de Sony. Avec son compagnon Paul Roussopoulos, elle fonde le premier collectif de vidéo militante, baptisé « Vidéo Out », et dès lors ne cesse de donner la parole aux « sans-voix », opprimé·es et exclu·es (...) Tout au long de la décennie 70,  elle accompagne les grandes luttes qui lui sont contemporaines, livre une critique des médias, dévoile les oppressions et les répressions, documente les contre-attaques et les prises de conscience. Caméra au poing, Carole Roussopoulos soutient les luttes ouvrières (conflitsLip), anti-impérialistes (Palestinien·nes, Black Panthers et autres mouvements de libération), homosexuelles (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) et surtout féministes : les combats en faveur de l’avortement et de la contraception libre et gratuite dès 1971, les luttes des prostituées de Lyon en 1975, celles contre le viol, la lutte des femmes à Chypre et dans l’Espagne franquiste.
Ses bandes, toujours conçues comme des supports à débats, elle les diffuse sur les marchés, avec la chanteuse Brigitte Fontaine et l'accordéoniste Julie Dassin, avant que ne soit créé le collectif de distribution « Mon œil ».
Entre 1973 et 1976, Carole Roussopoulos enseigne la vidéo à la toute nouvelle Université de Vincennes. En 1982, elle fonde, avec l’actrice Delphine Seyrig et Ioana Wieder, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, premier centre de production et d'archivage de documents audiovisuels consacrés aux femmes. 
Entre 1986 et 1994 à Paris, prenant la suite de Frédéric Mitterand, Carole Roussopoulos dirige et anime le cinéma d’art et d’essai « L’Entrepôt », espace culturel regroupant trois salles, une librairie et un restaurant. En 1995, elle revient vivre en Suisse, à Sion. En 1999, elle réalise Debout ! Une histoire du Mouvement de libération des femmes (1970-1980), un long-métrage documentaire qui alterne images d'archives et entretiens avec les femmes qui ont créé et porté le mouvement en
France et en Suisse...

Râge d'automne (2) après le spectacle Elmgreen et Dragset à Bôbourg

Petite note d'après "Festival" au Centre Pompidou, avec en main, un formulaire d'évaluation qu'on vous demande de remplir avant le spectacle. L'enquête fait-elle partie du spectacle? LBV ne saura pas. En tout cas, elle questionne sérieusement son assiduité future après cette prestation d'Elmgreen et Dragset (qui se sont adjoints le fort bon Tim Etchells, de Forced Entertainment) dans la grande salle de spectacle. 5 ou 6 répliques de sculptures signées Ulrich Ruckriem, Barbara Hepworth, Giacometti, Sol LeWitt, et Jeff Koons glissent en scène et se mettent à parler, chacune avec l'accent du pays d'origine de leur auteur (e) et les atavismes supposés de l'art ou de la langue qu'elles sont censées représenter (Ruckriem hurle, Koons grince, Hepworth tousse et Une boîte de Brillo deWarhol, pour finir, reste silencieuse). Cette "animation" en forme de dialogue infantilisant est affligeante, tout comme la romance amoureuse des deux sculptures à trous que sont Hepworth et Lewitt (muni d'un socle impossible) ou la furieuse tendance disco du Lapin de Koons.
Mais le pire, c'est sans doute le cauchemar qu'elle propose comme futur possible d'un Centre Pompidou affublé d'un festival permanent : où les sculptures et par extension, les oeuvres d'art de la collection du musée se mettraient à parler, à se présenter par une série de clichés qui seraient supposés prendre en charge le fameux discours "de l'oeuvre" pour en faire un gimmick aussi rigolo qu'un film comique français (sans Jacqueline Maillan).
On n'ose penser qu'il s'agit peut être du le rêve actuel (et sans doute inavoué) d'un Centre Pompidou, où la communication semble avoir pris le pas sur toute autre activité présentable et où une animation de grand magasin ("il se passe toujours quelque chose"...) vend son agitation comme excuse à son absence d'imagination . Colère colère, bis!

Wednesday, October 21, 2009

Coup de blues parisien. Deadline (musée d'art moderne de la Ville) versus act Up (musée de Harvard)

Reçu des nouvelles de Cambridge, Massachussetts. L'excellente conservatrice Helen Molesworth (que nous avons reçue au séminaire Something You Should Know l'an dernier) y propose avec Claire Grace, une exposition intitulée act up New York: Activism, Art, and the aids Crisis, 1987–1993, dans la section contemporaine des musées d'Harvard. Oui, Harvard, pas une petite université alternative! Y figurent, non seulement des documents d'époque, mais en plus la participation active de Fierce Pussy ou Gran Fury, les groupes d'artistes homosexuel/es (hé oui!) qui se sont engagé/es alors, à la fois plastiquement et politiquement, dans l'action collective contre le sida et la désobéissance civile---ce qui n'a pas vraiment existé en France (où ce sont plutôt des graphistes qui l'ont fait, je pense à Loïc Prigent et Geneviève Gauckler, par exemple). Mais bon, passons.Voilà Fierce Pussy qui nous envoie une email et qui dit : c'est formidable, on refait des choses aujourd'hui, ensemble, entre filles, avec une autre rage qui nous saisit.
Là, on voit non seulement à l'oeuvre un réinvestissement du passé militant mais également se decouvrir un projet d'histoire orale : plus de 100 militantEs survivantEs ont accepté d'y participer. Pour aller vite, c'est penser l'exposition comme une façon de faire se croiser l'histoire des droits et des gays, de l'art, de la santé publique (au moment des mésaventures d'Obama) et de l'épidémie.
http://www.ves.fas.harvard.edu/ACTUP.html
D'un autre côté, à Paris, au musée de la Ville, il y a Deadline, l'exposition des artistes qui ont fait une oeuvre avant de mourir. Argumentaire :"chacun d’eux, conscient de la mort imminente, a intégré dans son travail l’urgence de l’oeuvre à achever et le dépassement de soi". Sur le carton, le même Felix Gonzalez-Torres que celui qui avait fait le carton d'Au delà du Spectacle à Böbourg (soit un rideau doré)en 2000. Rien n'est mentionné quand au collectif, quant à la lutte contre, quant au politique, quant aux droits. Rien de cela ne s'incarne. On nous vend le même paquet cadeau de l'oeuvre ultime, d'une dernière image, que l'artiste aura souhaité laisser de soi, en tant qu'artiste. Cette proposition s'accorde sans renacler à l'exposition Renoir, les dernieres années au Grand Palais.
La différence entre les deux côtés de l'Atlantique, la dépolitisation lénifiante des musées parisiens (on ne choisit pas son moment, mais c'est aujourd'hui qu'on apprend cette histoire de dépistage obligatoire!!!) mettent LBV vraiment, vraiment, vraiment en colère.

Nouvelle Fiac: "old is the new young" (tendance de saison 09)





(de g. à droite et de haut en bas)
Fiac, Carré du Louvre: sous le regard louche du double portrait attribué à Hans Peter Feldmann (et que Martine Aboucaya a transporté depuis l'exposition éponyme de sa galerie), on a les deux vétérans Piero Gilardi (Semiôse) et une empreinte corporelle d'AA Bronson (Frédéric Giroux), une installation de Ghada Amer (galerie Minimi) et Matthieu Laurette, qui installe sa maquette Beuysienne (Gaudel de Stampa) ; le "garage" (cabane de travail) de Virginia Woolf, en maquette aussi, par Julien Prévieux (Jousse Entreprise) et enfin, l'un des tableaux bleus de la "disparition" organisée par Julien Bismuth et Jean-Pascal Flavien chez Catherine Bastide, avec corne de brume et brouillard à volonté. Et beaucoup de galeries néerlandaises...



Fiac Grand Palais :l'oeuvre de Joana Vasconselos enroulant ses anneaux autour du stand de Nathalie Obadia.  Chez Luhring Augustine, les Mattresses (matelas) travaux anciens de Rachel Whiteread.



L'un des bons stands (Buchholz et Bortolozzi) associant Iza Genzken, à g, un papier peint aux motifs végétaux soumis à "acclimatation" de Dan Vho, à droite, sur lequel on trouve une série de papiers journaux d'Henrik Olesen (non photographiés) et avec plusieurs tableaux de Carol Rama (non photographiés)


Une autre association galeristique réussie celle de Jocelyn Wolf et de gb Agency: Franz Erhard Walther y cotoie Jiri Kovanda et des films y seront projetés en permanence.



Ayant parcouru la FIAC en claudiquant, un peu avant son ouverture, LBV a constaté que la plupart des galeries exposantes avaient choisi --et c'est notamment visible au Grand Palais-- de représenter une grande partie de "leurs" artistes (sic) par des stands qui les échantillonnent : un ou une de chaque. La question de l'exposition, du "display", que n'est pas la Fiac qui est une foire, est ainsi peu traitée cette année.
Deuxième idée générale: montrer les "vieux", les artistes matures et plus, comme l'on montait en épingle les très jeunes artistes avant la crise. D'où le slogan repiqué depuis les commentaires de la Frieze : "les vieux sont les nouveaux jeunes", en quelque sorte. Regardez, en effet, les images affichées, figurant des oeuvres de Feldmann, Gilardi, Bronson, Genzken, Walther, Kovanda....Sans oublier les Louise Bourgeois, les Carol Rama, la photo de Cahun (chez 1900-2000, ainsi que Permis de Toucher de Marcel Duchamp), les Soulages bien-sûr. Mais il y a aussi le retour de travaux dits anciens d'artistes, tout un stand de la Picture Generation des années 1980 (Laurie Simmons, Richard Prince ou Sherman), Sherrie Levine (Paula Cooper, avec un Carl Andre) ou Allen Rupersberg (Air de Paris).
On en restera là, non?

Monday, October 19, 2009

Nancy Spero : 1926-2009 la "montreuse de sextes" *


"In many of the works now Im trying to depict a sense of the vitality of life, but also to pose the question: what does happen after the revolution? There have to be solutions and there arent a lot of them..." -Nancy Spero

Pour LBV Nancy Spero, décédée dimanche dans la nuit à New York, est un peu comme Claude Cahun (en version hétéro) : moins une héroïne qu’une personne qui a « tout bon ». Tout bon dans ses engagements politiques, sexuels, esthétiques… Dans le cas de Spero l’engagement contre la guerre, soutenu constamment durant quelque soixante ans, s’est manifesté dans la pratique, tout comme son féminisme (elle fut l'une des créatrices de la A.I.R. Gallery à New York). On a vu, ces derniers temps, au FRAC Haute Normandie, chez Lelong, et surtout au MACBA de Barcelone puis au Reina Sofia de Madrid (dans toute son ampleur, une exposition exceptionnelle qui en a ravagé plus d’une ou plus d’un) cette fonction de l’engagement féministe ET anti-guerre, depuis celles d'Algérie et du Vietnam, liée à une pratique d’avant-garde.

Dans le cas de Spero, cette pratique s’est concrétisée en deux options contradictoires, et convergentes dans son œuvre, pour former le paradoxe d’une œuvre fondée après 1970 à la fois sur l’expression de la rage ou du cri et la reproduction … Soient l’un et le multiple rendus indissociables (pensez à ce qu’en fera Felix Gonzalez-Torres, par exemple, dans ses Stacks ou ses installations de bonbons…)

En ce qui concerne Nancy Spero, comme l’a magnifiquement remarqué Benjamin Buchloh le premier (pour une fois rendons lui hommage aussi), il s’agit, pour une artiste « américaine », venue de l’école de Chicago, d’utiliser des « traditions autres » (Other Traditions, le titre de l’article de BB dans l’indispensable Inside the Visible, ed. Cathy de Zegher, 1995).

LBV répète ici un post d’il y a deux ans : "Nancy Spero, artiste américaine née en 1926 à Cleveland, qui fit ses études à Chicago et vit aujourd’hui à New York, séjourna avec son époux, Leon Golub et ses deux enfants, à Paris au tout début des années 1960. De la France et de l’Europe, Spero a pris à la fois la rage politique et l’intellect, la culture visuelle et la fascination de l’Antique. BB compare son travail à celui du peintre Cy Twombly : deux artistes qui, se sont radicalement séparés de la tradition héroique et virile de l’expressionnisme abstrait Newyorkais des Jackson Pollock ou De Kooning, en cherchant du côté des « outsiders », de l’altérité, de la marginalité sexuelle et des graffitis romains ou d’une poétique du cri. Celle d’Artaud d'abord, auquel Spero emprunte son désespoir et sa colère. Avec cette voix masculine, cette « langue phallique » qu’elle fourre dans les bouches de ses personnages, elle va fourbir les outils de son engagement féministe, qui l’anime à son retour aux Etats-Unis, après 1965, en même temps qu’elle s’engage contre la guerre du Vietnam. Farouchement. Visuellement.

Les Artaud Paintings (1971) et le Codex Artaud (commencé en 1971) qui ont été exposées au FRAC Haute Normandie à Sotteville (et à Madrid) sont simplement époustouflants, c'est à dire imprévus et incongrus. Ils tiennent à la fois de la poésie "beat", d'une partition, d'un répertoire de figures récurrentes, du programme politique et esthétique, de l'interjection, d'une plastique sonore, le tout juxtaposé ou superposé dans une absence de composition délibérée. Les seules références que LBV a pu trouver pour comparer la chose inouie, ce sont les tracts de résistance inventés par Claude Cahun et Marcel Moore, lors de la deuxième guerre mondiale, à Jersey, utilisant l'écriture et la typographie pour produire des lectures contradictoires, possiblement inversées. Voir la série Licit de la même période (ce qui est permis, le contraire d’illicite, mais aussi un bout d’« explicite »), faisant jaillir des mots en ordre de lecture ou inversés, qui admonestent (SCREW ART : baise l’art) à coup de majuscules…."

Justement, la deuxième caractéristique de Spero, donc, avec la beauté compulsive de la langue tirée et du cri, c’est celle de la lettre, de l’imprimé. La reproductibilité technique mise à l’œuvre dans chacune de ses propositions, où rien n’est « de première main » et où le faire du peintre a été remplacé par une technique de montage : tout y semble moins emprunté qu’empreinté. Fragments de textes tapés à la machine, de visages, de seins, motifs récurrents peints, découpés et collés, ou plus souvent dans les années 1980-90, appliqués au stencil, dans des frises de plus en plus murales, installent avec l’ordre peint, mais aussi avec l’ordre graphique une dissidance. Dissidance, c’est le beau titre d’Hélène Cixous, auteure du deuxième texte indispensable sur Spero, qu’on peut encore peut être trouver sur le net (site du MACBA), qui entraîne son travail dans la sarabande de la figurabilité féminine et féministe. Comme le montre le film fait par HUO, Spero suspend ses motifs comme du linge. Après 1974, environ, Nancy Spero n’aura plus jamais montré d’autres figures que féminines, "empreintant" des images de femmes depuis des sources différentes et divergentes, pour chorégraphier un langage rythmique du corps, comme une utopie de l'après-révolution: sa question.

* Nous allons montrer nos sextes, Hélène Cixous dixit.

Sunday, October 18, 2009

Un incendie détruit 90% des oeuvres de l'artiste brésilien Helio Oiticica

Dans El Pais du dimanche 18 octobre (par Francho Baron,traduction française de Catherine)

2000 œuvres perdues, d’une valeur d’environ 138 millons, de cet artiste classique du 20e siècle.

La culture brésilienne fut sérieusement blessée dans la nuit de vendredi dernier. 90% du patrimoine du plasticien Hélio Oiticica (1937-1980), l’un des fondateurs du neoconcretismo brésilien a été dévoré par les flammes après qu’un incendie se fut déclaré dans la maison familiale du quartier du Jardim Botânico au sud de Rion de Janeiro. Le feu a emporté 2000 œuvres de Oiticica, peintures, matériel audiovisuel, installations, livres, projets et notes de l‘artiste, le tout pour une valeur d’environ 200 millions de dollars (environ 138 millions d’euros), selon les estimations de la famille. En 2007 la Tate Modern à Londres lui avait dédié une rétrospective.

Il ne semble pas pour le moment que l’incendie soit intentionnel. « Je suis anéanti, parce que ma mission, depuis que je suis à la retraite, était de prendre soin de son œuvre », déclare, brisé, César Oiticica, frère de l’artiste, qui dînait dans la maison au moment du sinistre. Cette immense perte inclut des œuvres consacrées comme Las Bólides ou les célèbres Parangolés. C’est en compagnie du poète Ferreira Gullar et des artistes Lygia Clark et Amílcar de Castro, que Oiticica avait lancé le mouvement neoconcret.

Le patrimoine de Oiticica n’était couvert par aucune assurance et se trouvait alors au premier étage de la maison familiale, dans un bureau équipé de dispositifs de contrôle de l’humidité, de détecteurs de présence et d’anti-incendies. Tout cet appareillage n’a servi à rien.

"C’est le pire qui pouvait arriver à la culture brésilienne", se lamentait hier César Oiticica devant la presse locale. La raison ne manque pas au frère de l’un des représentants les plus trangressifs de l’art contemporain brésilien, puisque les œuvres se trouvaient regroupées au Jardim Botânico suite à une bagarre pour des questions d’argent entre les héritiers d'Oiticica et la municipalité de Río de Janeiro. Une bonne partie des œuvres brûlées avait été retirée en avril dernier du Centre d’Art Municipal Helio Oiticica, où une grande rétrospective de l’artiste venait d’être inaugurée. Un impayé d’environ 267.000 reales (près de 100.000 euros) à la famille avait provoqué un sévère affrontement qui se solda par la fermeture anticipé de l’exposition et le déménagement des œuvres dans la maiison où se produisit l’incendie.

L’œuvre de Oiticica, marquée par une forte composante théorique, cherchait souvent à provoquer la participation du spectateur. Unes de ses installations les plus couronnées était intitulée Penetrables, un labyrinthe réalisé avec des planches suspendues. L’artiste, dont l’œuvre a également inspiré le mouvement de Tropicalisation, a marqué la société brésilienne avec la phrase "Etre marginal, être un héros", sérigrafiée sur un drapeau par dessus la silhouette d’un narcotrafiquant mort.

Perdidas 2.000 obras, valoradas en 138 millones, de este clásico del siglo XX

La cultura brasileña quedó seriamente herida la noche del pasado viernes. El 90% del acervo del artista plástico Hélio Oiticica (1937-1980), uno de los fundadores del neoconcretismo brasileño, se convirtió en pasto de las llamas tras declararse un incendio en la casa familiar del barrio de Jardim Botânico, en la zona sur de Río de Janeiro. El fuego se tragó 2.000 obras de Oiticica, entre pinturas, material audiovisual, instalaciones, libros, proyectos y anotaciones del artista, todo ello valorado en unos 200 millones de dólares (unos 138 millones de euros), según estimaciones de la familia. En 2007 la Tate Modern de Londres le dedicó una retrospectiva.

Por el momento se descarta que el incendio haya sido intencionado. "Me siento fracasado, porque mi misión desde que me jubilé consistía en cuidar su obra", manifestó, destrozado, César Oiticica, hermano del artista, que cenaba en la casa en el momento del siniestro. La desafortunada pérdida incluye obras consagradas, como Bólides o los famosos Parangolés. Junto al poeta Ferreira Gullar y los artistas Lygia Clark y Amílcar de Castro, Oiticica alumbró el movimiento neoconcretista.

El acervo de Oiticica no estaba cubierto por ningún seguro y se encontraba circunstancialmente en la primera planta de la casa familiar, en un estudio equipado con dispositivos para controlar la humedad y la temperatura, sensores de presencia y antiincendios. De nada sirvió tanto aparataje.

"Es lo peor que le podía pasar a la cultura brasileña", se lamentó ayer César Oiticica ante la prensa local. Razón no le falta al hermano de uno de los exponentes más transgresores del arte contemporáneo brasileño, ya que las obras se encontraban almacenadas en el domicilio de Jardim Botânico tras una gresca por cuestiones de dinero entre los herederos de Oiticica y el Ayuntamiento de Río de Janeiro. Buena parte de las obras quemadas habían sido retiradas el pasado abril del Centro Municipal de Arte Helio Oiticica, donde se había inaugurado una gran retrospectiva del artista. El impago de cerca de 267.000 reales (cerca de 100.000 euros) a la familia provocó un duro enfrentamiento que acabó con la clausura anticipada de la muestra y el traslado de las obras a la casa donde se produjo el incendio.

La obra de Oiticica, marcada por una fuerte componente teórica, a menudo buscaba provocar la participación activa del espectador. Una de sus instalaciones más laureadas fue la bautizada como Penetrables, un laberinto elaborado con planchas suspendidas. El artista, que también inspiró con su obra el movimiento Tropicalia, impactó a la sociedad brasileña con la frase "Sea Merginal, sea héroe", serigrafiada en una bandera sobre la figura de un narcotraficante muerto.

Wednesday, October 14, 2009

Eileen Myles, pas seulement à Londres, à Paris aussi.

Pin pon pin pon. On signale à Paris la présence d'Eileen Myles, l'une de nos idoles. Sur son site, on lit qu'elle a écrit des milliers de poèmes depuis sa première lecture au CBGB en 1974 et que Bust magazine l'appelle "la rock star de la poésie moderne". On se rappelle qu'elle s'était présentée à la Présidence des USA en 1992-- la première candidate femme!-- et a ultérieurement encouragé tout le monde à faire de même.
October 15. Reading: castillo/corrales, Paris 8.00pm to 9.00pm.


Sur la route de "from Walden to Vegas" (Nogent sur Marne)


Cette enseigne n'en fait pas partie, mais elle pourrait figurer dans cette exposition, où les amis d'A Constructed World, sollicités au dernier moment l'été dernier, ont contribué à la proposition de Jean-Marc Ballée Antoine Marchand et Etienne Bernard, pour (se) promener dans les méandres d'une réflexion sur ou plutôt d'une rétrospection sur l'image du paysage, au sein d'un bâtiment (www.maisondart.fr) qui sert également de maison de retraite des artistes (mais qui n'est certainement pas les Jean Genêt d'Or, que LBV prépare plus ou moins ardemment avec ses ami/e/s queer pour ses vieux jours, très lointains of course!). C'est aussi se demander, dans ce cadre, s'il ne faut pas ici, parler de "retraite", quand on parle d'image en rapport avec le paysage...
Chaque salle est, plus ou moins, la répétition du même, des variations autour d'une série de petits tableautins sans cadre, trouvés sur place: un fonds d'atelier légué avec la maison par l'une des donatrices, Madeleine Smith (avec sa soeur Jeanne, elle avait en effet donné à l'Etat la maison acquise par son père Jules, greffier en chef du département de la Seine.)
A quoi s'ajoute également la répétition d'un ou deux tableautins retouchés par Cyprien Gaillard, d'une ou deux extraits de Homes for America de Dan Graham, énonçant aussi le caractère "rétroviseur" énoncé par le sous-titre : Objects in the Mirror are closer than they appear. Cet énoncé, en effet, figure dans toutes les automobiles américaines, pour prévenir d'une perception fausse des distances. Figurent également, outre les commissaires sus-cités, Tacita Dean, Peter Friedl, Eva Jospin, Paola Pivi, Yan Sérandour, Jason Simon....et, dans les coins, une série de boîte d'allumettes "ROT" repiquée à Hithcock par Sébastien Pluot. Bon vent!

Tuesday, October 13, 2009

Les images coulent-elles de source? HIto Steyerl à Berlin

Installation au n.b.k. (g.: after the crash, dr: do you speak Spamsoc?)
Ce qu’il y a d’extraordinaire dans les travaux d’Hito Steyerl, dont la rétrospective au n.b.k. de Berlin (Chausseestr. 128/129, jusqu'au 18 octobre) vit ses derniers jours, c’est la déconcertante facilité avec laquelle, dans des montages à la fois graves et comiques, s’enchaînent toutes sortes d’images, dont s’articulent différentes générations. Piquées, repiquées, surpiquées (on est loin d’ Hadopi, ici ), ces différentes « prises » d’images, munies ou non de sous-titres, de musiques, en des versions traduites ou retraduites, proposent une construction, qui peut être parce qu’elle s’attaque d’abord au tabou de la différence, réinstruit violemment cette affaire de légitimité documentaire et fausseté de la fiction..
Le mythe d’Œdipe – et allez, hop, comme on dit chez Feydeau-- intéresse la différence des sexes mais aussi celle des générations. Deux pour les sexes, trois pour les générations. C’est ainsi que se transmet le nom. Binarité d’un côté, trinité de l’autre, avec leurs copines différence et dialectique.
Or, ce qui frappe dans ces travaux d’Hito Steyerl, qu’il s’agisse d’After the Crash, sa dernière production présentée au n.b.k, de l’hilarant Do you speak Spamsoc, de
Red Alert ici revisité par des documents de presse, ou de ses plus classiques Lovely Andrea et November, également montrés en intégralité, c’est qu’ils nous aide à repenser ces divisions que d’aucuns nomment également le Symbolique. Qu’est-ce que le Symbolique, qu'est-ce que la double articulation, à l’heure où chacun d’entre nous a toutes les chances de « se » retrouver, de retrouver son image ou retrouver son texte, quelque part sur le Net, une image flottante, mutante, circulant dans le flux ? Qu’est-ce qu’un monde ou les copines, plus haut citées, sont devenues des copies de copies facebook?
C’est, bien sûr, le thème de départ de Lovely Andrea, comme de November, deux films qui prennent comme argument le mouvement des images. Ainsi, Lovely Andrea, « essai filmique » produit pour l’installation de la dernière Documenta de 2007 réargumentée à Berlin. Il commence et finit par une tentative de tournage d’un plan sur Hito, portant un t-shirt des Ramones et interrogée sur le sens de son film. Le plan bégaye et ne se résout pas dans la bonne séquence inaugurale ou terminale. La boucle n'est pas bouclée, le produit n’est pas fini et ne résumera peut être jamais la chaîne de fabrication qu'il est supposé représenter.
Lovely Andrea, on se souvient, comme Hito nous l’a raconté lors de son mémorable séminaire à l’EHESS, est le récit d’une recherche d’image : une image de bondage nawa shibari, faite au Japon il y a vingt ans, retrouvée quelque part dans les réseaux, où l’artiste servit de modèle vivant. L’enquête est menée, vidéographiquement, au Japon. Elle passe de maison en maison de l’artisanat pornographique nippon, est doublée par l’intervention d’une équipe télévisuelle et profite du fil conducteur d’une jeune femme. Littéralement, le fil : modèle elle-même, la jeune femme enquêtrice et participante propose aussi un parcours d’émancipation, où elle dénoue les rapports de maître à esclave inscrits dans les photos de bondage, en dominant le spectacle, qu’elle donne d’ailleurs en permanence sur deux écrans du n.k.b, où, dans le noir et le silence, elle trace les figures sinueuses d’une suspension maîtrisée (In/dependance). Et qu’est-ce qu’elle étudie cette jeune femme : le Web design ! Evidemment…Les filets se recoupent et ne se recoupent pas.
Comme November –où passent des extraits de La Dialectique peut-elle casser des briques, dans une version sous-exposée, tout comme des repiquages accentués d’interviews télévisées, des copies d’images de manifestations, des copies de copies de super8…-- Lovely Andrea mélange donc les générations d'images. Non en mixant «pour la nouvelle génération », différentes sources en une narration supposément véridique : c'est ainsi qu'a fait «Apocalypse » à la télévision: un documentaire qui a honte de ses sources puisqu’il en cache les provenances en les mélangeant. Dans les méditations filmiques d'Hito Steyerl, les images ne sont pas là pour ce qu’elles sont, ou pour ce qu’elles valent (bonne ? ou mauvaise ?), mais pour ce qu’elles font dans leur mouvement, dans ce passage d'une version à l'autre, d'un support à l'autre, d'un réseau à l'autre. Dans « le » mouvement, les images déconstruisent alors les attentes, auquel chacun a droit en tant que spectateur, quant à un « document original » pourvoyeur d’un sens unique. La novlangue d’Hito Steyerl, c’est le Spamsoc qu'on découvre dans son installation éponyme à écran et cartel: cette langue des jaquettes de films en cassettes video ou en dvd, passés par un nombre astronomique de versions copiées à n-exemplaires; des jaquettes, qui sont elles aussi passées et repassées par des traductions jusqu’à perdre toute fixité dans les informations qu’elles dispensent et devenir des textes fous et hilarants.
A lire en Français, le texte d’Hito Steyerl sur la traduction, Le Langage des Choses (http://translate.eipcp.net/transversal/0606/steyerl/fr)
A lire en anglais, le texte Is a museum a Factory (http://www.e-flux.com/journal/view/71)
Cet article publié récemment se voit proposer des travaux pratiques, avec l'exposition filmique d'une chaîne du recyclage permanent et son inscription dans le travail de la mort et de la mélancolie. Aux images qu’elle a tournées dans un cimetière d’avions de ligne, probablement situé dans le désert arizonien, s’articulent les documents, fictionnels ou pas qui sait ?(puisque les fictions d’attentat sont utiles à ceux qui les perpétuent, étant elles mêmes basées sur des récits, etc, etc.) de leurs crashs divers, mais également de leurs réutilisations. Le "gardien" du cimetière évalue en effet le bon business fait avec les acheteurs chinois d’aluminium et c’est donc la transformation de l’alu en Cds ou DVDs qui s’enchaîne en images, et conduit également à la présentation, sur un ordinateur placé dans le cimetière des avions, des clips et chansons sur l’aviation heureuse des années 60.
Dans un bureau attenant du n.b.k est présentée la documentation ( !!!) des mois de recherche et de la performance entreprise autour de The Building (2009), à Linz, capitale culturelle en 2009. Sur la façade
du bâtiment, promis à devenir école d'art, elle a fait mettre à nu sous le crépi, la cartographie des voies de déportation des personnes que le Reich Nazi fit déplacer pour transformer la ville en capitale.

Berlin : visite de la collection Erica &Rolf Hoffman



Plusieurs oeuvres, dont une magnifique video de Felix Gonzalez-Torres, Mary Koszmary, l'une des pièces récentes de Yael Bartana, et les archives de Christian Boltanski, un mur de boîtes de biscuits fermées appuyé contre la magnifique bibliothèque de la collectionneuse (un "dressing" rouge où les livres remplacent les vêtements), ont retenu notre attention...

Friday, October 09, 2009

LBV adore le Cat film festival. Miaouh.

ANTHOLOGY FILM ARCHIVES

32 SECOND AVENUE NEW YORK, NY 10003; (212) 505-5181 fax (212) 477-2714

For Immediate Release September 29, 2009

Contact: Stephanie Gray at publicity@anthologyfilmarchives.org

PETIT LOUP AND LES FILMS DU SIAMOIS PRESENT:

CHAT D’ŒUVRES: THE FIRST NEW YORK CAT ART FILM FESTIVAL

October 23 - 24

Dear Fellow-Cats and Cat Lovers,

My name is PetitLoup (‘Little Wolf’ in English). I’m a Siamese cat from New Orleans, and as such am bilingual – this explains the title of my festival: CHAT D’ŒUVRES is a pun in French, whereby ‘Chef-d’œuvre’, or ‘masterpiece’, is turned into a Chat (cat), since many cats have been the subjects of artists’ œuvres.

I’ve gathered a selection of films/videos made by artists from Europe and the US that feature the feline species. We have to thank my friends at Anthology Film Archives, great cat lovers, who are still mourning the passing of their own Maxi, who was quite a super-star there. You’ll be glad to see her again in one of her best screen performances, in a film by no less than Jonas Mekas.

This exciting program includes a number of original, never-released shorts, vignettes, and homages; for I received such enthusiastic responses from cat lovers, artists, and filmmakers that many of them turned their cameras on their favorite feline(s) and made a special film for this first edition of CHAT D’ŒUVRES. Thus, we will premiere Annette Messager’s ONLY MY CAT UNDERSTANDS ME (what a wonderful title, don’t you think?), as well as Michel Auder’s CHELSEA CATS and Tracey Emin’s SHOWING ME THE WAY TO HEAVEN.

We’ll see you on October 23 & 24!

Miaou / Meow

PetitLoup

Les Films du Siamois Executive Director / President-in-Chief

Very special thanks to the non-profit, all-volunteer cat rescue and adoption group KittyKind for their generous support of CHAT D’ŒUVRES. Visit Kitty Kind’s website (kittykind.org) and blog (friendsofkittykind.wordpress.com) to see how you can be a part of this rewarding mission.

PROGRAM 1:

Stan Brakhage NIGHTCATS (1956, 8 minutes, 16mm)

Stan Brakhage CAT’S CRADLE (1959, 6 minutes, 16mm)

Stan Brakhage PASHT (1965, 5 minutes, 16mm)

Stan Brakhage MAX (2002, 4 minutes, 16mm)

Pola Chapelle INTERCAT ’69 (1969, 15-minute excerpt, 16mm)

Alexander Hammid & Maya Deren THE PRIVATE LIFE OF A CAT (1944, 22 minutes, 16mm)

Joyce Wieland CATFOOD (1968, 13 minutes, 16mm)

Total running time: ca. 80 minutes.

–Friday, October 23 at 7:00.

PROGRAM 2:

Samantha Anderson NOBODY REALLY LIKES SURPRISES (2009, 8 minutes, video)

Michel Auder CHELSEA CATS (2009, 5 minutes, video)

Martha Colburn CATS AMORE (2001, 2.5 minutes, 16mm)

Annette Messager ONLY MY CAT UNDERSTANDS ME (2009, 3 minutes, video)

Tania Mouraud CATS AND DOGS (2007, 1.5 minutes, video)

Brigitte Cornand CHATBIRD (2009, 4 minutes, video)

Tracey Emin No Love You are not Alone (2009, 3 minutes, video)

Ernst Caramelle UNTITLED CAT (2009, 1 minute, video)

Nancy Holt KARUNA (2009, 4 minutes, video)

Jonas Mekas FATHER AND DAUGHTER (2001, 3 minutes, video) + FATHER AND DAUGHTER, (2007, 10 minutes, video)

Carolee Schneemann FUSES (1964-66, 30 minutes, 16mm)

Carolee Schneemann INFINITY KISSES – THE MOVIE (2008, 9 minutes, video)

Carolee Schneemann VESPER’S POOL (1999-2000, 8 minutes, video)

Su-Mei Tse & Jean-Lou Majerus EASY DANCING (2001, 2.5 minutes, video)

Rob Wynne 1975 (1975 - 2009, 1 minute, video)

David Weiss & Peter Fischli KITTY / BÜSI (2001, 6 minutes, video)

Plus a couple other, hot-off-the-presses works – check www.anthologyfilmarchives.org for more details.

Total running time: ca. 105 minutes.

–Friday, October 23 at 8:45.

PROGRAM 3:

Chris Marker

THE CASE OF THE GRINNING CAT / CHATS PERCHÉS

2004, 58 minutes, video.

One of the most famously cat-happy of all great filmmakers, Chris Marker gave his love of the species perhaps its fullest expression in this 2004 film, a typically wide-ranging essay on 21st-century politics and culture which takes as its point of departure the cartoon cats that began mysteriously appearing on Paris’s buildings, Metro walls, and other public surfaces in November 2001.

This program will also feature a variety of surprises, including classic TV, animation, and a dash of YouTube!

–Saturday, October 24 at 7:00.

PROGRAM 4:

Blake Edwards

THE PINK PANTHER

1963, 115 minutes, 35mm. With Peter Sellers, David Niven, Robert Wagner, Capucine, and Claudia Cardinale.

With this screening of Blake Edwards’s comedy classic, CHAT D’ŒUVRES pays tribute to one of the most famous big cats of all, making his first appearance, accompanied by Henry Mancini’s unparalleled theme song, in the animated title sequence.

–Saturday, October 24 at 9:00.

Monday, October 05, 2009

Le Mime Marcel



Hier, dimanche, Musée d'art moderne de la Ville de Paris, avec Catherine, Catherine, Jaqui et Geoff, en marche pour visiter l'exposition d'Apichatpong Weerasethakul. On stoppe devant La Fée Electricité, meublée d'une installation de Pierre Ardouvin (photo ci-dessus), présentée en 2007 pour le Prix Duchamp et, apparemment, acquise depuis par le musée.

Une dame demande à la gardienne postée devant La Fée : "Marcel. C'est Marcel Dassault? "

Peut-être pouvons nous entendre cette interrogation comme une affirmation. Imaginons effectivement que Pierre Ardouvin s'adresse à Dassault et non à Duchamp. Le prix Marcel Dassault, voilà qui en jette! Et puis, ça ferait plein d'articles positifs, par exemple de la part du Figaro (propriété du groupe Dassault, comme Artcurial, d'ailleurs). L' "article favorable" n'est-il pas une spécialité Dassault, celle là même que Marcel préconisait pour son magazine Jours de France qu'il créa en 1954. Envoyé gratuitement à tous les médecins et dentistes de France métropolitaine pour leurs salles d'attente, il était, déjà, financé par la pub, de sorte que Jours de France peut être considéré comme un pionnier de la presse gratuite. D'où, peut être, la tonalité toujours flatteuse (étant donné l'état de ses lecteurs potentiels) de ce magazine "d'actualité heureuse", avec son dessin de Kiraz, ses séries de mode croquignolettes et son culte fidèle et soutenu de Chantal Goya et Thierry le Luron. Marcel Dassault mettait lui-même la main à la pâte avec sa rubrique du "Café du Commerce"-un nom hérité du bouillon où il rédigeait ses papiers, aujourd’hui devenu une expression readymade pour qualifier l’idéologie du bon sens, laquelle s'exprimerait au comptoir des débits de boisson.

Pour l' industriel "self made" qui s'est enrichi jusqu'à constituer la 1è fortune de France en 1985, grâce à la vente d'armes tout autour de la planète et en particulier des avions à réaction ---Ouragan, Mystère, Mirage, Falcon, Rafale, dont Sarkozy n'a pas hésité à se faire le VRP, dernièrement, auprès du président Lula du Brésil—l’idée qu’un journal doive servir à "user des idées saines" (l’expression est de son fils Serge) semble assez forte de café! Mais cela ne doit pas étonner de la part d'un homme qui distribuait, parait-il, des enveloppes aux électeurs de sa circonscription afin qu'on vote en sa faveur (une manie que son fils Serge n'a pas oubliée, d’où le vote, ce même dimanche, pour remplacer celui-ci à la mairie de Corbeil ) mais pas seulement: puisqu'il paraît également que nombre de politiciens se rendirent au Rond Point des Champs Elysées pour y récupérer leur Pascals (billets de banque) enveloppés dans du papier. Et de Pascal à Marcel, voilà qui nous ramène à la sculpture. Alors, qu'est-ce que vous en dites, de ce prix Marcel Dassault pour l'art contemporain?



Sunday, October 04, 2009

Biennale de Lyon, le quotidien du spectacle.





(De haut en bas : Eulàlia VALLDOSERA, La cocina (the kitchen), 1992. Latifa ECHAKHCH, Sans titre (Architectures ou Révolutions), 2009. Maria Thereza ALVES, Iracema (de Questembert),2009. Fikret Atay, the Theorists, 2008. Photos@Blaise Adilon.

Jusqu’ici (et à part celui de Marjorie M. sur Poptronics.fr, que LBV engage à lire) les articles sont bons sur la Biennale de Lyon. Pourquoi? Il faudrait peut-être se préoccuper de plus près des partenariats aujourd’hui engagés dans tout événement et de ce que ces liens eux-mêmes engagent...Ou s'agit-il d'un rattrapage par rapport à la version précédente de la Biennale, sur laquelle la presse française s'était lâchée?
Et pourtant, la version précédente apparaît aujourd’hui plus expérimentale. On a l’impression de faire un pas en arrière avec cette édition de la Biennale de Lyon. Peut-être d’ailleurs est-ce un effort conscient, que de vouloir retrouver des années 1990 plus préoccupées de lien social ; par exemple, en proposant un forum permanent dans une œuvre de Sarkis et une pléiade de rendez-vous au jour le jour "où l’art vient à vous au lieu que vous alliez à l’art", intitulée Veduta.
Mais la geste collective des expositions de ces années-là n’est pas au rendez-vous. Quant aux questions de corps, de sexe, de genre ou de sexualité qui ont explosé dans le même temps, elles sont tout simplement rendues inexistantes.
Le titre, « le spectacle du quotidien », qu’a choisi le commissaire Hou Hanru, fait référence notamment aux travaux d’Henri Lefebvre (« la crise de la vie quotidienne », 1958), de Michel de Certeau (« l’invention du quotidien »1984) mixés avec ceux de Guy Debord (« la société du spectacle ») et les travaux des cultural studies britanniques. Ce nouveau revival des textes fondamentaux s’opère aujourd’hui dans un monde You-Tubé, dont la globalisation a été entérinée, avec, par exemple, la planétarisation des villes-déchet, de l'état d'urgence (dont parle Arjun Appadurai dans le catalogue)& de la crise financière.

Que faire ? Si telle est la question, elle n’apparaît pas vraiment comme une question posée à l’exposition elle-même, à ses méthodes ou ses stratégies, même si Hou Hanru invoque, dans sa ferveur, « les travailleurs de l’art et la culture ».
Ainsi, par exemple, au bâtiment de la Sucrière, (friche convertie), l’exposition s’ouvre sur un portail motorisé, placé de façon à ce qu’il pivote, à rythme irrégulier, de 180°pour entamer de plus en plus fortement le mur qui lui sert de soutien (Shilpa Gupta, Untitled, 2009). Même si la porte et ses spectateurs sont « surveillés » depuis un échafaudage d'acier en retour de la salle, muni de plusieurs caméras et attribué à Jimmie Durham (Regarde, 2009), n’est-ce pas proposer une forme de redondance, offerte d'emblée au titre de l’exposition ?
Il en est de même dans la plus grande partie de l’installation, qui propose un inventaire de pratiques déclinant chacune leur identité en déclinant celle de Biennale : à chaque station, on peut se contenter de vérifier son titre. Du street-art machinique organisé par Barry McGee, à la muséification des articles ménagers opérée par Michael Lin, des barrières de sécurité dessinées de Bani Abidi, aux excroissances monumentales de bandes magnétiques installées par Mounir Fatmi, des voitures-jouet envoyées dans l’espace urbain par le groupe He-He, aux paysages lilliputiens de détritus que fabrique Takahiro Iwasaki, proposant des pagodes ou pylones émergeant de sac poubelle ou de serviettes de bain (avec l'effet micro-flatteur des puces sauteuses ou des architectures dans un grain de riz)...Les œuvres se chargent (ou sont chargées) de faire le pont entre spectacle et quotidien. Autrement dit, les artistes sont responsables.
Et quelle responsabilité!Un exemple extrême: les « rendus » au jour le jour, dessinés par Laura Genz, de l’occupation de la Bourse du Travail à Paris en 2008 par des travailleurs sans-papiers désormais évacués de ce lieu (et, plus récemment, des trottoirs adjacents du Boulevard du Temple) : l’ensemble est présenté dans l’enceinte de la Fondation Bullukian, Place Bellecour. De l'autre côté de cet exemple là, il y a la performance de Dora Garcia, qui propose de voler le livre "Steal this book" de l'activiste américain Abbie Hoffman (1971), comme condition nécessaire et suffisante pour accéder aux travaux de l'artiste inventoriés au sein de ce livre.... La tentative, d'un côté comme de l'autre, de se fondre dans la vie, se réifie.

Certes, on peut admirer l’effet de dé-hiérachisation produit par l’ombre de plusieurs chiffons, linges suspendus sur différents plans, qu’une projection lumineuse inscrit exactement au même niveau (
Eulàlia Valdosera) ; ou les deux Principes d’Economie, rectangles de sucres français et pains de sucre marocains de Latifa Echakhch, qui réalise également un sol en linoléum incisé de « figures » (au sens patinage du terme) d’architecturales modernistes. Dan Perjovschi est toujours aussi drôle et le « docu-drama » Iracema (de Questembert) de Maria-Thereza Alves offre une percutante actualisation du bon sauvage dans la France d’aujourd’hui, y compris à la Villa Medicis de Rome (Prix de l’artiste francophone de la Biennale 2009). Les cabanes à cinéma d’Agnes Varda font rire et pleurer. Dire qu’on les aime bien, comme on aime l’outing des possesseurs de « cartes vertes européennes » de et par Société Réaliste, comme on aime la pièce de Pedro Reyes, déjà vue à la Maison Rouge (50 pelles en métal fondues à partir de 1527 armes données par les habitants de Culiacan Mexico, Mexique), n’empêche pas qu’on se demande encore ce qu’on pense de l’exposition dans son ensemble.
En France, en 1964, Gérald Gassiot-Talabot avec deux peintres, Rancillac et Télémaque, proposait, sous le titre Mythologies Quotidiennes
, le regroupement d'une figuration narrative, qui, dans son élan, annonçait des artistes se fixant l’objectif de faire à nouveau de l’art un outil de transformation sociale. Avec les années 1990 et l'esthétique relationnelle, il a été proposé aux artistes d'aménager le décor quotidien, plutôt que de le refaire. Et maintenant, où en est-on? Ben...
Prenez les Chair Events
de George Brecht . Ils sont, si on a bien compris, quelques-uns dans la collection du MAC's de Lyon. Ces associations de chaises et d'objets simples, fonctionnant comme menue monnaie à valeur variable, servent ici plus de signalétique que de situation historique. C'eût été peut-être un fil à tirer pour que l'exposition, du coup, formule sa généalogie dans quelque chose d'inconnu et d'insaisissable, qui surgit des sous-sols, réfractaire dans son inquiétude à toute certitude.

Friday, October 02, 2009

Lutz, du vent dans les voiles...






En haut, le gilet aux volants de badminton d'Alexandre Gautier, étudiant à Duperré.
Sinon " le mouvement des vêtements dans le vent, pincés, tourbillonnés, perforés", selon Lutz, Printemps-Eté 2010.