Thursday, August 27, 2009

(31) Nouvelles Mochetés : la fringue hétéro dans la rue Vieille (du temple)




(de haut en bas: coin de la rue Vieille du Temple et Blanc-Manteaux, l'ancien "Gamin de Paris"; coin de la rue Vieille du Temple et des Rosiers, l'ancien "Amnesia" ; rue Charlot, à côté de la boutique Isabelle Marant, qui avait déjà remplacé le magasin sans enseigne, que Maje, désormais, remplace à son tour ; rue des hospitalières Saint Gervais)

Un bar et un restaurant homos du Marais (dans la rue Vieille du Temple), qui ont fermé l'an dernier, ont désormais laissé la place à deux boutiques de fringues standard hétérosexuelles; tout récemment une librairie spécialisée près de la rue des Rosiers a adopté l'enseigne de"nike" tandis que dans la rue elle-même, le très cher Eclaireur a disparu au profit de deux boutiques en "adidas", pendant qu'en face, l'ancien hammam s'abandonnait à une sous marque d'H&M. Le Marais se reconvertit dans les fringues de marque standardisée. Le phénomène uniformise désormais à la fois l'ancien quartier gay, l'ancien quartier juif et ce que les agents immobiliers ont baptisé "Haut Marais" (au secours!!!!!), galeries d'art incluses jusqu'à la rue de Bretagne, quartier déjà abondamment pourvu en magasins d'habits pour enfants et en cafés, d'ailleurs unanimement rouges (sans doute à cause du Marché des Enfants Rouges?). Les lieux semblent, désormais, voguer de Maje en "Kooples"... .
Les noms de ces enseignes ne sont pas un hasard. Elles énoncent ce ou plutôt ceux qu'on y voit désormais et célèbrent, en ce sens, l'épidémie de voitures d'enfants (doubles: jumeaux oblige) et leur nounous, et les couples hétéros de la gentrification dont elles sont les indices.

Sunday, August 23, 2009

Nouvelles Mochetés (22): les toilettes de Paris


Après la "sanisette", l' "abribus", la "sucette" et, pardon! le "vélib", voilà que Decaux implante une nouvelle génération de "toilettes" sur le sol parisien. Au pluriel. L'usage du terme au singulier aurait sans doute un peu trop connoté la situation d'urgence des sans-logis. La fonction pipi-caca reste donc privilégiée dans ce nouvel édicule de taille imposante, encore muni cet été de son paquet cadeau de barrières vertes et grises. 400, au total de ces " sanitaires automatiques à accès universel " devraient être ouvertes.
L'argument massue de leur communication est celui de leur
"éco-conception", grâce à l’utilisation d'énergies renouvelables, de matériaux recyclables, à l’usage d’eau de pluie et de produits écologiques pour leur entretien. Mieux, les toilettes sont destinées à être gratuites.
C'était déjà le cas de la sanisette, rendue à la gratuité après avoir été d'abord payante après sa construction en masse (400, également) au début des années 1980. Elle n'avait jamais remplacé la "tasse", la vespasienne parisienne réservée au public masculin (au XIXè siècle, le flâneur est mâle, du moins il a seul le droit de soulager sa vessie dans la rue )-- lieu de sociabilité virile, de rendez-vous des résistants et d'usages sexuels variés, notamment avec les "mouillettes", morceaux de pain laissés là pour... vous voyez quoi.
La disparition des vespasiennes, programmée dès 1959, avait été entérinée par la majorité de droite en 1980, qui avait voté l'autorisation de construction des quatre premières sanisettes payantes ( un contrat ayant été passé avec Decaux en 1991). Mais un certain nombre fut mis au placard ou au rencart et la plupart des sanisettes souffraient de désaffection, n'ayant pas exactement reçu l'accueil escompté. Un, il fallait avoir des pièces d'1F pour y rentrer et deux, l'effet de clôture intégrale et l'automatisme implacable du déclencheur de chasse-d'eau à effet véritablement chassant, avait vite produit son lot d'histoires sinistres et en particulier celui d'une fillette littéralement avalée par le mécanisme d'évacuation. Néanmoins, le système d'alarme automatique ne se déclenchant que toutes les 20 minutes, il était possible d'aménager d'autres utilisations de cet endroit fort clos. La sanisette a eu de plus en plus mauvaise presse. Déjà, au moment de son implantation, certains arrondissements, comme le VIIe et le Ve, avaient refusé pour des raisons de standing...Sa gratuité eut donc un prix : la fermeture de nuit ou la fermeture tout court. Aujourd'hui, force est de constater que les trottoirs s'ornent de plus en plus de rigoles pisseuses.
L'architecture des nouvelles toilettes destinées à remplacer le parc antérieur est de type, paraît il "cabine": pour des cabinets, ça s'impose. Pour l'instant, LBV n'en a point pu scruter l'intérieur L'extérieur ne déborde pas vraiment d'imagination. On nous vante son design "inspiré d’un tronc d’arbre". D'aucuns, comme Jérôme, s'échauffent un peu devant le côté chapiteau de la cabine(tte) : "Thèbes" et Christophe s'exclame en retour : "Thèbes, peut-être, mais alors, revue à la mode Georges Frêche! Idéal pour son Antigone (signée Bofil, et non Sophocle)". Quant à la couleur, elle est, évidemment, de cette sorte de marron ou de beige fumé, qui signe le mobilier Decaux (architecte : Patrick Join; papier-toilettes : Kimberly)

Tuesday, August 04, 2009

LBV rigole un peu

http://writing-program.uchicago.edu/toys/randomsentence/write-sentence.htm

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(Amusez vous sur le site)





Monday, August 03, 2009

Dans Mad Men, le genre brûle aussi.

Mad Men Cast

Ce qu'il y a d'extraordinaire, dans la série américaine Mad Men, alors que nous arrivons presque au bout des dvd de la deuxième saison (tristesse, tristesse, bouh, bouh!), c'est, outre son vérisme genre "reconstitution de l'année 1960 et 1961" et outre le plaisir d'y voir tout le monde fumer et picoler, ainsi que de déguster une bande son aux petits oignons, le flot de références iconographiques, sonores et textuelles qui y sont convoquées. Mad Men est une série "d'après 1960", qui reconnait ce qu'on a pu dire, écrire et lire dans, mais aussi à propos des années 1960, et notamment depuis qu'elles sont passées. Les auteur(e)s d'ailleurs, ont réuni une documentation serrée, non pour construire un décor mais pour nourrir leurs dialogues d'histoire contemporaine, du féminisme, des textes d'anthropologie urbaine, des réflexions sur les media, etc.
On a à la fois, dans un plan, l'image et son commentaire, la performance et le cliché, l'illusion et son avenir. Témoin, le désormais traditionnel zoom arrière qui clot certains épisodes: un cadre plus large qui reconnait le décor, le praticable, la mise en scène. Les clins d'oeil sont nombreux à des logos, des slogans- ça se passe dans le monde d'une agence de publicité— ayant eu un destin quasiment historique ; de même, des images— Rothko, les mass media — qui faisaient alors débat et qui sont devenues représentatives de la modernité sont ici en représentation et rappellent alors quels étaient les arguments du débat.
Hitchcock ou Minelli sont convoqués, Todd Haynes aussi. On y lit, ainsi, toute l'oppression des classes moyennes américaine en pleine rage d'ascension sociale, à l'orée des années Kennedy. On y voit non seulement l'évolution de la consommation, le pouvoir masculin qui s'exprime par tous les pores médiatiques, non seulement la condition des femmes, celles qui travaillent ou celles qui sont confinées dans leur maison de banlieue mais aussi ce qui ne se dit pas : la question raciale et la question sexuelle. Les silences, les ellipses sont les plus intéressants.
Ainsi, par exemple (du moins jusqu'ici) le personnage du directeur artistique d'origine italienne Salvatore Romano (il n'est pas sur la photo ci-dessus) bellâtre sur-fringué, supposé tombeur de dames et aux manières juste un peu trop affectées pour ne pas lire le discours sous-jacent. Ce monsieur est en train de se débattre avec d'autres penchants, qui le rendent incroyablement fragile et intéressant dans son propre intérêt machiste pour ses collègues de bureau. Lorsqu' un client, lui franchement pédé, l'invite à diner et fait une ouverture, il refuse, avec une phrase énigmatique. Le problème n'est pas qu'il se "révèle" gay et fasse son coming out dans un futur épisode, c'est plutôt ce qu'on voit et qui ne se voit pas de sa mélancolie et de sa souffrance, comme à celle qu'il inflige à ses petites amies. On y voit, comme dit Judith Butler, "« comment l’identification hétérosexuelle a lieu non pas à travers le refus de s’identifier comme homosexuel mais à travers l’identification à une homosexualité abjecte, qui doit pour ainsi dire ne jamais se manifester" (in Ces corps qui comptent, trad 2009, "Identification fantasmatique et assomption du sexe")
C'est ça qui est vraiment réussi aussi, dans Mad Men : cette impossibilité largement partagée par à peu près tous les personnages de dire, de se dire la vérité--qui ne sont rien d'autre que ces identifications abjectes qui ne se permettent pas d'être énoncées--- comme leur résistance au procès d'objectivation visuelle qui rayerait, en quelque sorte le disque du passé.

Médisances, le guide moche et gogo


ci-dessus : Madeleine Vionnet et sa poupée de bois, dans ce processus où, disait-elle : "Chaque jour, je m’installais dans mon atelier devant le petit mannequin de bois qui m’a suivie toute ma vie et là, je drapais, j’harmonisais, je faisais et défaisais... Jusqu’à ce que je sois satisfaite.".
Robe d'été 1937

Entendu, lors de la visite de la splendide exposition Madeleine Vionnet aux arts décoratifs
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/mode-et-textile/expositions-70/actuellement-447/madeleine-vionnet-puriste-de-la/diaporama-2228 (LBV y reviendra peut-être)
"ça fait chiffon". Une remarque qui a mis LBV tout chiffon! Mais pas seulement, car LBV a été assez colère après sa visite, d'abord des toilettes du musée des arts déco, pas vraiment comprises dans la rénovation du lieu, puis du restaurant intitulé le Saut du loup, à sauter définitivement. Choix de glaces prétentieux et chantilly-isé un maximum, crumble commandé et goûté par Catherine, qui s'est immédiatement révélé être un vieux muffin accompagné d'une glace graisseuse, verre en plastoc usé pour boire la Badoit elle aussi commandée, et pour finir, des cheveux découverts dans le club-sandwich de voisins de table...