La Démence.... En pas drôle
Thursday, February 12, 2009
Wednesday, February 11, 2009
"J'étais là". Collier Schorr : "There I was"




(photos Le Consortium et M. Micucci)Le Consortium, 16 rue Quentin, 21000 Dijon. Jusqu'au 15 février. Vite, vite : allez-y.
Il y a du James Cain, l'auteur de scénarios hollywoodiens préférés de LBV (surtout Sérénade, que nous étudiâmes en 1983, Vanina, Rudy et moi: l'histoire d'un ténor abasourdissant qui perd sa voix lorsqu'il est avec son amant à baguette et qui la regagne lorsqu'il est avec son amante prostituée mexicaine, histoire malheureusement hétérosexualisée à l'écran) dans l'oeuvre de Collier Schorr. Quelque chose que Cain a transmis au cinéma et que Collier Schorr a repris : cette forme de narration ramassée, d'une success story instantanée qui passe tout le temps du film à s'effilocher. L'Amérique, peut-être, entre "yes we can" et "undoing gender" (le genre s'effondre avant le reste).
En effet, c'est une histoire américaine que raconte Collier Schorr (née à NYC en 1963, vit en Allemagne, connue pour ses portraits d'adolescent/E/s et de vrais ou faux jeunes soldats, travaille aussi pour la publicité, ancienne "editor" de Frieze aux Etats-Unis, représentée notamment par la galerie 303 de Manhattan...). Celle d'un garçon d'Amérique profonde, Chas Snyder, qui customisa une voiture, laquelle perdura sous le nom de "Ko-Motion"; une voiture si maquillée que Chas en sa compagnie fit l'objet d'un reportage photographique de la part du père de Collier Schorr en 1967. Mais, lorsque l'article fut publié, Chas Snyder était mort au Vietnam. Success story et défaite tiennent ici du Ici et Ailleurs de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville (1975), filmant des Palestiniens, lesquels, au moment où le film sera monté et montré, seront morts comme le disent la voix "off" du réalisateur et de sa compagne. D'où, peut être, ce "J'étais là", titre de l'exposition.
Qui est ce je? Comme l'explique Eric Troncy le commissaire de l'exposition : "Collier Schorr a dessiné ce qu'elle n'était pas là pour photographier". Une abondance de dessins et nombre de photographies forment le corps de l'exposition, autour d'une vitrine documentaire, très fournie, où l'on voit des archives d'époque, des memorabilia du soldat (miroir donné par ses potes, quelques photos de lui, en piste ou en soldat, des papiers de décès), le père Schorr en voiture avec ou sans ses enfants, des livres, notamment de Chomsky, un ouvrage sur Kennedy, un modèle réduit de la Ko-Motion, quelques associations avec d'autres guerres et quelques indications de l'artiste au crayon : "j'étais là".
Un mur d'images, photocopies plus ou moins trafiquées d'articles du New York Times évoquant l'Afghanistan ou la guerre israelienne au Liban, photos scotchées de jeunes hommes aux visages de filles rasées et de jeunes soldats portant des uniformes divers, qui ne sont probablement pas toujours les leurs (ils posent et s'abandonnent ) et quelques dessins (une grenade, un garçon en uniforme qui se branle) encadrent la copie d'un texte. A demi caché, celui-ci donne son titre à l'ensemble. C'est "Le Théâtre Lyrique" : un article écrit en 1941 pour Le Soir, journal antisémite et collabo belge par le grand théoricien déconstructiviste Paul de Man. Non loin de là, une facture, en allemand, adressée à Collier Schorr, apparemment pour la location d'uniformes. Et toc.
La première chose qu'on puisse en dire, c'est que le regard de "celle qui n'y était pas" est d'autant plus complexe qu'elle a à faire à un mauvais objet: "le théâtre des opérations". Elle y révèle la vulnérabilité, tout autant que l'horreur. Lorsqu'on n'est pas du côté des vainqueurs....On se souvient ici de l'intervention de Judith Butler sur la guerre en Irak et sur l'homophobie oppressante du discours militaire américain, muée par la dénégation de l'homoérotisme qui soude ces sociétés d'hommes entre eux.
Outre une figure de Jane Fonda (encore Godard, Letter to Jane), les dessins, tous signés, presque tous datés 2007, représentent des jeunes personnes, parfois aux traits burinés (saleté, maquillage de guerre, fatigue, pleurs ?) souvent à la posture relachée (épuisement, attente, abandon ?). Aucun GI Joe là-dedans, rien ne vient rejouer la chanson de la virilité musclée et de l'exhibition d'un pouvoir forcément masculin. Ce ne sont pas des images gay pour un Têtu spécial uniforme. On pense plutôt à Rimbaud, à l'enfant du val, qui dort, deux trous rouges au côté droit. Les photos de corps, replié nu dans une cabane, torse imberbe ou habillé et pensif en soldat de diverses armes --ou encore, ces grandes images couleurs de végétation qui semblent rien à voir à faire avec la choucroute (mais qui ont la grâce des fleurs des champs, tenant par des bouts de ficelle)-- désaccordent à leur tour, tout présupposé quant au bien et au mal qu'on pourrait en penser.
Les images sont les fragments d'un discours amoureux mais jamais fasciné. Ce qui porte le désir, c'est la relation étrange qui unit la photographe, femme non hétérosexuelle, avec ceux qu'elle photographie; c'est à dire ceux qu'elle imagine "with a girl's brain. I'm creating a boy's world from the emotional center of a woman. Whenever they look soft it's because I don't really know what it is to be a guy. I only know what it is to be a girl. So I think that paints them with androgyny.", dit Collier Schorr. Le désir qui porte les images est ici plus ou moins défait du genre.
On n'a pas fini de s'y attarder.
Ce que Collier Schorr, déconstruit, tout aussi sûrement, c'est la propriété assumée du regard mâle homosexuel sur les corps de ces hommes. Et les présupposés adaptés au regard féminin qui accompagnent ces titres de propriété. En témoignent deux vidéos encadrant l'ensemble. L'une, réalisée pour le site web du New York Times, montre, dans une chambre d'hotel où ils sont réunis, un "posse" de rodéo. Quelques jeunes garçons racontent leur vie commune-- sans femmes-- entre deux représentations de foire. La caméra se rapproche si près de la peau de ces personnes, qu'elle partage le même lit.
L'autre, datant de 1998, muette et en noir et blanc, montre un "Private" (soldat) dans une caserne allemande. S'attardant sur son visage, son regard, son sourire, son attitude cool finissant par un saut, l'image laisse entendre qu'il s'agit probablement d'une jeune femme confondante de beauté. Ainsi, non seulement Collier Schorr photographie des garçons comme des filles, mais elle photographie une fille de la même façon.
Libellés :
art contemporain,
féminisme,
masculin
Tuesday, February 10, 2009
Thursday, February 05, 2009
Max Neuhaus sans le son
On avait pourtant l'impression qu'il était plus connu en France ou en Europe qu'aux Etats-Unis mais la mort de Max Neuhaus (1939-09) semble être passée inaperçue.
Peut-être parce qu'il était un bruiteur de l'anonymat, fabriquant des installations de sons ("sound installations") qui n'étaient, ni des concerts, ni de la musique, ni des spectacles, ni des événements mais destinées à être perçus "au débotté", dans un environnement spécifique mais non marqué. Un exemple, celui de Times Square, à New York, où, entre 1977 et 1992 (et, semble-t-il, à nouveau depuis 2002) un son s'échappait d'une bouche d'aération, l'"après-bruit" d'une sonnerie de cloches graves, rendu impossible à identifier du fait du tintamarre ambiant. C'est d'ailleurs l'une des seules installations sonores de Neuhaus aux USA (avec la Dia:Beacon), alors qu'il a beaucoup travaillé en Allemagne (toute une installation autour d'un échangeur de voies ferrées, à Berlin, un travail lié à la DAAD, entre autres) en Italie (Rivoli...), en France.
Percussionniste, Neuhaus, qui a été l'un des premiers à fabriquer de la musique electronique "live" (1968), est aussi l'un de ceux qui a installé le son dans l'art contemporain. Il a aussi beaucoup fabriqué de réseaux radiophoniques. Mais ce qu'on connait le mieux de son travail, c'est, par exemple, ce bruit d'oiseaux qui apparait (ssait?) au coin d'une rivière dans le centre d'art contemporain de Kergehennec : oiseaux enregistrés restitués à un contexte soi-disant naturel, qui fait ainsi apparaître son caractère de "jardin de sculpture".
Le truc qui est toujours intéressant, avec Neuhaus également, c'est l'absence de source sonore désignée et repérable, de "signature", fût elle d'un instrument ou d'un lieu. Neuhaus aimait à raconter combien les institutions ne pouvaient supporter que ces installations ne soient pas signées, marquées, bardées d'étiquettes, de plaques ou de cartels qui auraient rendu à la fois l'artiste, le travail et l'effort institutionnel plus visibles. Il en avait été de même pour son projet de la Gare Montparnasse.
Depuis les 70's, Neuhaus voulait faire quelque chose dans le long, très long passage souterrain qui réunit plusieurs lignes de métro, la Place du 18 juin et l'ancienne gare Montparnasse, à la gare actuelle (là où a été installé un CGV, corridor à grande vitesse). Rien ne s'était passé jusqu'à ce qu'un groupe de sociologues, travaillant avec la RATP dans les années 80, soit intéressé. Mais là, problème : lorsqu'on lui demanda quel était son projet, il dit qu'il n'avait pas la moindre idée, que sa méthode consistait à entrer dans un espace sans idées préconçues, explorer ses sons à l'oreille et fabriquer le travail à partir de là.
En 1983, la RATP lui promet un peu d'argent. Mais là, nouveau problème : au Ministère de la Culture, qui doit être intégré au projet, on fait la gueule grave parce que ce Ministère n'a pas été le premier sollicité ! Entre temps, Neuhaus a commencé à travailler entre 1 et 5 h du mat. Après des mois de négociation, il arrive à faire une réunion avec la DAP, bureau des relations avec les entreprises... La personne des arts plastiques, alors, lui demande de "jouer" sa pièce. Il n'y a évidemment rien à entendre préalablement à la réalisation de l'installation. Re-gueule. On lui demande alors de "faire une maquette". Très rigolo.. Bref, au bout d'un certain temps, un marché lui est proposé : s'il trouve 70% du pognon, le ministère lui file les 30% restants. Un peu interloqué, Max Neuhaus qui ne parle pas français, leur demande si ce n'est précisément pas leur boulot, de trouver des entreprises intéressées? Quand même, il trouve quelqu'un, qui trouve l'argent et le fait savoir. Et il attend. Il attend. Et le soutien de la RATP disparait au bout d'un an. Le ministère de la culture n'avait jamais répondu.
Peut-être parce qu'il était un bruiteur de l'anonymat, fabriquant des installations de sons ("sound installations") qui n'étaient, ni des concerts, ni de la musique, ni des spectacles, ni des événements mais destinées à être perçus "au débotté", dans un environnement spécifique mais non marqué. Un exemple, celui de Times Square, à New York, où, entre 1977 et 1992 (et, semble-t-il, à nouveau depuis 2002) un son s'échappait d'une bouche d'aération, l'"après-bruit" d'une sonnerie de cloches graves, rendu impossible à identifier du fait du tintamarre ambiant. C'est d'ailleurs l'une des seules installations sonores de Neuhaus aux USA (avec la Dia:Beacon), alors qu'il a beaucoup travaillé en Allemagne (toute une installation autour d'un échangeur de voies ferrées, à Berlin, un travail lié à la DAAD, entre autres) en Italie (Rivoli...), en France.
Percussionniste, Neuhaus, qui a été l'un des premiers à fabriquer de la musique electronique "live" (1968), est aussi l'un de ceux qui a installé le son dans l'art contemporain. Il a aussi beaucoup fabriqué de réseaux radiophoniques. Mais ce qu'on connait le mieux de son travail, c'est, par exemple, ce bruit d'oiseaux qui apparait (ssait?) au coin d'une rivière dans le centre d'art contemporain de Kergehennec : oiseaux enregistrés restitués à un contexte soi-disant naturel, qui fait ainsi apparaître son caractère de "jardin de sculpture".
Le truc qui est toujours intéressant, avec Neuhaus également, c'est l'absence de source sonore désignée et repérable, de "signature", fût elle d'un instrument ou d'un lieu. Neuhaus aimait à raconter combien les institutions ne pouvaient supporter que ces installations ne soient pas signées, marquées, bardées d'étiquettes, de plaques ou de cartels qui auraient rendu à la fois l'artiste, le travail et l'effort institutionnel plus visibles. Il en avait été de même pour son projet de la Gare Montparnasse.
Depuis les 70's, Neuhaus voulait faire quelque chose dans le long, très long passage souterrain qui réunit plusieurs lignes de métro, la Place du 18 juin et l'ancienne gare Montparnasse, à la gare actuelle (là où a été installé un CGV, corridor à grande vitesse). Rien ne s'était passé jusqu'à ce qu'un groupe de sociologues, travaillant avec la RATP dans les années 80, soit intéressé. Mais là, problème : lorsqu'on lui demanda quel était son projet, il dit qu'il n'avait pas la moindre idée, que sa méthode consistait à entrer dans un espace sans idées préconçues, explorer ses sons à l'oreille et fabriquer le travail à partir de là.
En 1983, la RATP lui promet un peu d'argent. Mais là, nouveau problème : au Ministère de la Culture, qui doit être intégré au projet, on fait la gueule grave parce que ce Ministère n'a pas été le premier sollicité ! Entre temps, Neuhaus a commencé à travailler entre 1 et 5 h du mat. Après des mois de négociation, il arrive à faire une réunion avec la DAP, bureau des relations avec les entreprises... La personne des arts plastiques, alors, lui demande de "jouer" sa pièce. Il n'y a évidemment rien à entendre préalablement à la réalisation de l'installation. Re-gueule. On lui demande alors de "faire une maquette". Très rigolo.. Bref, au bout d'un certain temps, un marché lui est proposé : s'il trouve 70% du pognon, le ministère lui file les 30% restants. Un peu interloqué, Max Neuhaus qui ne parle pas français, leur demande si ce n'est précisément pas leur boulot, de trouver des entreprises intéressées? Quand même, il trouve quelqu'un, qui trouve l'argent et le fait savoir. Et il attend. Il attend. Et le soutien de la RATP disparait au bout d'un an. Le ministère de la culture n'avait jamais répondu.
Monday, February 02, 2009
LBV comprend plus rien
C.G. m'a signalé et fait lire ce paragraphe dans le blog de Pierre Assouline (17 février dernier)
"Nul n’avait encore pensé à y inclure les « gender studies » (études de genre), domaine de recherche très répandu dans les universités américaines depuis les années 70, qui offre une vision critique des inégalités entre les hommes et les femmes fondées leur « genre sexuel » : celui-ci est considéré comme une construction sociale qui a favorisé une domination naturelle des uns sur les autres".
Oumpff!!! "Une construction sociale qui favorise une domination naturelle des uns sur les autres?" Décidément, LBV ne comprend plus rien.
"Nul n’avait encore pensé à y inclure les « gender studies » (études de genre), domaine de recherche très répandu dans les universités américaines depuis les années 70, qui offre une vision critique des inégalités entre les hommes et les femmes fondées leur « genre sexuel » : celui-ci est considéré comme une construction sociale qui a favorisé une domination naturelle des uns sur les autres".
Oumpff!!! "Une construction sociale qui favorise une domination naturelle des uns sur les autres?" Décidément, LBV ne comprend plus rien.
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