Sunday, November 15, 2009

"Old are the new young" -- le retour.

Dans le dynamique pack de galeries de l'Est parisien en ce moment, on peut voir avec ravissement des artistes qui ne sont plus de prime jeunesse, puisque Stephen Willats (chez Balice Hertling) et David Lamelas (chez Gaudel de Stampa) ont respectivement 66 et 63 ans. Willats a commencé la revue britannique Control en 1965, Lamelas a participa aux expériences du très fameux Instituto Torcuato di Tella à Buenos Aires au début des années 1960. Tous deux ont eu des pratiques liées à l'art conceptuel, très tôt, et ne figurent pas vraiment dans les histoires officielles. Cela n'est pas sans lien avec l'insituable légèreté de l'un comme de l'autre, qui fuient, ou plutôt qui tombent dans les interstices laissés par les édifices officiels, en changeant le plus souvent possible de perspective et de point de vue.

 
 

On est d'ailleurs en plein dans l'édifice avec l'expo de Willats chez Balice Bertling. Des figurations d'immeubles modernes ont été tracés sur deux murs en noir et blanc;  l'un des murs porte deux éléments architecturaux l'autre est affublé aussi de deux épures d'objet ou de sculpture à échelle immobilière, l'une rouge et l'autre bleue (le système de Willats fonctionne en 4 couleurs, comme le stylo) ; des vidéos passent dans chacune de ces figures schématiques, projetées sur les murs peints, au sein de l'une ou l'autre des fenêtres qui s'y dessinent. D'un coté, c'est une collection de gens pris au hasard, filmés dans des avenues bondées: des passants dans la rue comme à l'image. De l'autre, une collection de céramiques cinquante, aux formes contournées, défilent aussi. C'est ce qui intéresse Willats, lorsqu'en 1965 il crée une collection de vêtements multiples (Multiple Clothing, qu'on avait pu voir il y a bien longtemps chez Gabrielle Maubrie) bien avant d'autres projets "relationnels" et tous ses travaux sur l'habitat et l'habitus, avec une perspective sociologique ou anthropologique d'étude des rencontres humaines et du feed-back entre la personne, les autres, l'environnement. 



La galerie Gaudel est transformée en salle de cinéma pour Applelife ® nouvau film de Hildegade Duane et David Lamelas. Celui-ci, outre ses travaux dissidents et percutants sur la société de l'information, a également réfléchi, parallèlement à la lignée Jack Smith-Warhol, à une société du spectacle usinant ses "people" à la façon des rock stars et des politiques (cf Franco et Peron, deux dictateurs qu'il a fui pour s'installer près de Hollywood à LA en 1976). Depuis les années 1970 il est apparu en diverses "appropriation de personnage", comme il les qualifiait-- engageant, par exemple, un photographe professionnel pour offrir et réduire à la fois, le devenir icone de tel ou telle faction du monde de l'art, son galeriste, l'assistante, Marcel Broodthaers.... (Script). Ici chez Gaudel, le photographe pro est aussi présent, dans une désopilante histoire de vieille rock star (qui porte un TShirt: war is over) et sa compagne professeure Nimbus, de brevet de jouvence, de droits dérivés, de flouze et de pomme.
Ce qui marche, dans les deux cas, n'est pas simplement la nostalgie de ce vieux bon art fleurant les années 1960-70. C'est l'intérêt que leur portent les artistes d'aujourd'hui ou ceux qui les représentent. Ainsi, c'est Falke Pisano ou Luca Frei, chez Balice Bertling, qui recontextualisent le travail de Willats-- et celui ci n'a pas arrêté, loin de là, de produire. Tout comme Lamelas, porté dans l'aujourd'hui par un Matthieu Laurette, par exemple et par les expositions de Pierre Bal Blanc, y compris sa récente The Death of the Audience à Vienne.  La pérennité de sa collaboration avec Hildegarde Duane est aussi un élément d'intérêt. Elle date de 1978, avec The Dictator, où une sorte de Barbara Walters (la Christine Okrent américaine) interviewait un personnage inspiré à la fois par Peron et Castro, abordant la politique des sexes, le pouvoir des medias, les inconséquences du hasard sur la destinée et l'impossible prévision d'un futur stable.





1 commentaires:

eric sevy said...

juste une précision:

BALICE HERTLING
47 RUE RAMPONEAU
75020 PARIS

Gaudel de Stampa
3, rue de Vaucouleurs
75011 Paris

rien à voir avec le XIXème... arrondissement