Friday, November 06, 2009

Faire et défaire...Florence Lazar.


(Florence Lazar, Faire)

La présence de Florence Lazar sur la scène artistique française est pour le moins discrète. Elle est d’ailleurs dans la "salle noire" du Mamvp (où furent également présentés Khalil Joreige & Joana Hadjithomas au printemps dernier) après avoir figuré, dans le même musée au sein d'une exposition collective en 1997. Elle exposera également à Ploufragan -ce n’est pas une blague- dès la fin de ce mois. Mais son curriculum vitae est pour le moins raisonnable pour une artiste née en 66 et diplomée de l'ensb-a en 1991.
Et pourtant, son travail est fort (fort-da?), introduit par une série de photos de revues ou de livres, présentées devant l’objectif : pour que la lecture tienne, il faut des mains qui les tiennent, un torse qui les accueille, les encadre. LBV a fondu, regardant le frontispice de Jeune Militant, sillonné de griffonages comme un torse palimpseste, traversé de tatouages. La lecture est prise à bras le corps.
Et quelle lecture ! Ce sont celles de la gauche non socialiste française (avec la formation du PSU des années 70), ainsi que le sont les livres dont parle l’homme, vu à l'image de Confession d’un Jeune Militant, 2008; ce film est projeté un peu plus loin dans les salles noires et c'est le seul dans l’exposition dont on ne perçoit la bande son qu’à travers des écouteurs. Film et photos, silencieux, sont objets de méditation et pourtant l’homme parle sans arrêt du contenu de ces titres, tendus un par un par la main d’un/e bel/le enfant -toujours le corps qui sert de lien : « Faire », « Luttes », « Contrôler aujourd’hui pour décider demain », Vivre, produire et travailler autrement », « Staline »de Boris Souvarine … Toute une mémoire, ou plutôt tout un oubli de l’histoire politique française de la fin du XXè siècle, qui a été forclose avec Sarkozy et les débats et célébrations autour de 68, éradiquant toute trace de cette littérature programmatique.

C’est cette mémoire que Florence Lazar cherche, non à citer mais à reprendre et transmettre: à "citer à comparaître", c'est à dire à exposer. De la même façon qu’elle est partie plusieurs fois en ex-Yougoslavie --deux des films ici s’y réfèrent (Les Paysans, 2000, l’Etoile Rouge, 2006) et que ces réalisations s’approchent de la peinture ancienne, ou plutôt, des procédures qui permettent la transmission des images. Ainsi Les Paysans, par exemple, où « deux hommes trient des sarments de vigne pendant que des femmes à l’arrière plan en font des fagots » adopte le principe d’une composition frontale, alors que les hommes parlent de la guerre au Kosovo. L'un d'entre eux, plutôt, monopolise la parole et se "lâche" tout en continuant son activité répétitive. Ils ne se parlent pas, ne se regardent pas, mais se situent en parallèle et poursuivent leur tâche de mêmes gestes pacifiés, qui contredit la violence tout aussi ancienne qui les a peut-être opposés à mort. Cette contradiction se manifeste non seulement dans le cadrage, mais surtout "en film": dans la matérialité "all over" à la surface de l'image, laquelle n'a rien à voir avec la problématique du tableau (vivant), sur laquelle on a tendance à rabattre les rapports de l'image filmée, de la théâtralité et de la peinture.



(Florence Lazar, Les Paysans)
 

Brecht: (aaaaaaa! Brecht décidément vedette de l'année. On ne manquera pas de lire Georges Didi-Huberman, Quand les images prennent position, l'oeil de l'histoire 1, Editions de Minuit,2009).
"Nous faisons bien de définir les œuvres réalistes comme des œuvres militantes. On y donne la parole à la réalité, qu’on n’a pas l’occasion d’entendre autrement. Elles annoncent une contradiction (et s’en font les porte-parole) où s’apprêtent à s’insérer de nouvelles forces en opposition avec les idées et les comportements dominants."

Exposition jusqu'au 10 janvier 2010.


1 commentaires:

Anonymous said...

Merci pour cette découverte. Nous irons voir.

Stéphane L.