ci dessus : Victor Hugo, empreinte de dentelle (fin 1855-1856), une vue de l'exposition (photo Marc Domage) et les douilles franco-allemandes de la guerre de 14-18
Visiter son exposition en compagnie de Jean-Jacques Lebel est à la fois un plaisir et une pause à l’écart de la consternante et brutale actualité. Son exposition, c'est en l'occurrence celle de sa collection, si l'on entend par collection, moins "pognon" (qui est là, bien sûr...) que cette cueillette ou collecte de l’ethnologue, mu/e par le désir de se rapprocher le plus possible d’un sens, qui restera toujours un horizon chimérique. Jean-Jacques Lebel n'est pas un personnage extérieur à toutes ces poétiques de la revendication, de l’insurrection dirait-il, qui peuplent la seconde moitié du XXè siècle: il a les deux pieds, le corps et la tête dedans, du surréalisme (exclu en 59), au happening (dès 1960) ; de la Beat generation au Désir attrapé par la queue (qu'il mit en scène, avec Taylor Mead et Rita Renoir, musique de Soft Machine, en 67) ; du mouvement du 22 mars (1968) à Deleuze ; de l'@narchie au festival Polyphonix et du retrait des années 1970 à l’action affirmative à partir de 1988, en tant d’artiste-éditeur-curateur… et collectionneur. C’est tout un monde qu'il a cotoyé et qu'il charrie ; et ce monde, il l’entend comme un mouvement collectif et permanent contre…., qui mène, par exemple, de l’autoportrait de Louise Michel (il y a aussi un dessin qu’elle fit en prison) aux barricades de 68, et des dessins de Victor Hugo à Duchamp et à la contre-culture (sic !).
Visiter son exposition en compagnie de Jean-Jacques Lebel est à la fois un plaisir et une pause à l’écart de la consternante et brutale actualité. Son exposition, c'est en l'occurrence celle de sa collection, si l'on entend par collection, moins "pognon" (qui est là, bien sûr...) que cette cueillette ou collecte de l’ethnologue, mu/e par le désir de se rapprocher le plus possible d’un sens, qui restera toujours un horizon chimérique. Jean-Jacques Lebel n'est pas un personnage extérieur à toutes ces poétiques de la revendication, de l’insurrection dirait-il, qui peuplent la seconde moitié du XXè siècle: il a les deux pieds, le corps et la tête dedans, du surréalisme (exclu en 59), au happening (dès 1960) ; de la Beat generation au Désir attrapé par la queue (qu'il mit en scène, avec Taylor Mead et Rita Renoir, musique de Soft Machine, en 67) ; du mouvement du 22 mars (1968) à Deleuze ; de l'@narchie au festival Polyphonix et du retrait des années 1970 à l’action affirmative à partir de 1988, en tant d’artiste-éditeur-curateur… et collectionneur. C’est tout un monde qu'il a cotoyé et qu'il charrie ; et ce monde, il l’entend comme un mouvement collectif et permanent contre…., qui mène, par exemple, de l’autoportrait de Louise Michel (il y a aussi un dessin qu’elle fit en prison) aux barricades de 68, et des dessins de Victor Hugo à Duchamp et à la contre-culture (sic !).
A la Maison-Rouge et avec Jean de Loisy, ces liaisons se manifestent de façon délibérément anti-chronologique et par ensembles, qu'on pourrait qualifier de « nuages » de pièces. Jean-Jacques Lebel, qui connait le beau vice d'LBV, vous y mène directement… à un dessin d'Unica Zürn qui fait peu à peu apparaître des signes sexués et dont il n'est pas peu fier. Il les a rapproché de deux dessins de Leonora Carrington, exécutés au début des désastres de la guerre pendant l'épisode de sa dépression et ils détournent ou retournent à Goya et ses monstres. Il pointe, pas très loin, un dessin de Victor Hugo, « comme un frottage de Max Ernst au siècle précédent»: une empreinte de dentelle surmontée d’un point au cachet rouge et à la Miro (cf.illustr)… auxquelles répondent sur le mur opposé, les encres d'architectures filiformes de Brion Gysin et un "dessous" d'affiche de François Dufrêne . Il se monte aussi des scénarios directement au mur, où William Burroughs tue, non sa femme, mais la famille prototypique américaine et rejoint Ginsberg et Orlovsky, alors que veille une graphie mystérieuse et gestuelle de Jack Kerouac. Du surréalisme, Lebel chérit aussi ce qu’ont pu en prendre les auteurs lointains, qu’il s’agisse d’Aimé Césaire ou de Wifredo Lam : l’acclimatation, comme on dit des plantes, n’était pas qu’à sens unique et c’est ce retour aux archipels de la pensée Glissant, son ami, ou de la musique Coleman, aussi son ami, qu’avec Lebel on célèbre aujourd’hui.
Il y a bien sûr des salles consacrés au cul (la plus grande, un peu trop hétéro au goût du BV, mais avec des trucs cochons de Dix et Grosz,), au sacré, à la guerre, avec même un cabinet noir dit de « l’irregardable » (avec Abou Graib). Le plus spectaculaire, dans ces grands sujets, ce sont ces murs entiers de sortes de vases dorés, dans le style floral de l’Art Nouveau, qui ne sont pas des vases mais des douilles avec un D. d’obus français et allemands de la guerre de 1914-18 (peut être la seule date à retenir, puisqu'elle lance l'histoire du XXè siècle?). Regarder ce qui fait horreur, ce contre quoi on s’insurge violemment, c’est aussi un leitmotiv que Lebel tient à distiller dans son exposition et ce n'est pas si facile.
Ainsi, les 52 electrochocs que subit Antonin Artaud, durant son internement en 1943 (l’année où Camille Claudel mourut dans son asile, aussi). Persuadé d’en avoir retrouvé une preuve, la radiographie de la colonne vertébrale d’un Artaud choqué, Lebel l’expose et il la fait reproduire en taille poster. La dernière salle tout en bas cède à la reconstitution : le lit de douleurs reconstitué d'Artaud interné et torturé à l’asile de Rodez voisine avec des séries de photographies (photomatons ou Denise Colomb) montrant la transformation d’une beauté fulgurante en un être comme écrasé par un coup de canon intérieur.
L'exposition s'appelle Soulèvements. Mais plutôt que de soulèvement (il y a quelque chose de mystique), il faudrait peut-être parler ici d’arrachement (quelque chose de physique) : on enlève le pansement et la blessure de l’art, de la culture, apparaît, pas encore tout à fait cicatrisée.



1 commentaires:
J'aime votre proposition d'arrachement... Je ne l'avais point vu, mais pourtant, l'art de la collecte que nous propose Lebel est bien un arrachement, rhizomique et libertaire. Merci pour ce joli blog que je découvre.
http://itineraires.hautetfort.com/
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