Sunday, October 04, 2009

Biennale de Lyon, le quotidien du spectacle.





(De haut en bas : Eulàlia VALLDOSERA, La cocina (the kitchen), 1992. Latifa ECHAKHCH, Sans titre (Architectures ou Révolutions), 2009. Maria Thereza ALVES, Iracema (de Questembert),2009. Fikret Atay, the Theorists, 2008. Photos@Blaise Adilon.

Jusqu’ici (et à part celui de Marjorie M. sur Poptronics.fr, que LBV engage à lire) les articles sont bons sur la Biennale de Lyon. Pourquoi? Il faudrait peut-être se préoccuper de plus près des partenariats aujourd’hui engagés dans tout événement et de ce que ces liens eux-mêmes engagent...Ou s'agit-il d'un rattrapage par rapport à la version précédente de la Biennale, sur laquelle la presse française s'était lâchée?
Et pourtant, la version précédente apparaît aujourd’hui plus expérimentale. On a l’impression de faire un pas en arrière avec cette édition de la Biennale de Lyon. Peut-être d’ailleurs est-ce un effort conscient, que de vouloir retrouver des années 1990 plus préoccupées de lien social ; par exemple, en proposant un forum permanent dans une œuvre de Sarkis et une pléiade de rendez-vous au jour le jour "où l’art vient à vous au lieu que vous alliez à l’art", intitulée Veduta.
Mais la geste collective des expositions de ces années-là n’est pas au rendez-vous. Quant aux questions de corps, de sexe, de genre ou de sexualité qui ont explosé dans le même temps, elles sont tout simplement rendues inexistantes.
Le titre, « le spectacle du quotidien », qu’a choisi le commissaire Hou Hanru, fait référence notamment aux travaux d’Henri Lefebvre (« la crise de la vie quotidienne », 1958), de Michel de Certeau (« l’invention du quotidien »1984) mixés avec ceux de Guy Debord (« la société du spectacle ») et les travaux des cultural studies britanniques. Ce nouveau revival des textes fondamentaux s’opère aujourd’hui dans un monde You-Tubé, dont la globalisation a été entérinée, avec, par exemple, la planétarisation des villes-déchet, de l'état d'urgence (dont parle Arjun Appadurai dans le catalogue)& de la crise financière.

Que faire ? Si telle est la question, elle n’apparaît pas vraiment comme une question posée à l’exposition elle-même, à ses méthodes ou ses stratégies, même si Hou Hanru invoque, dans sa ferveur, « les travailleurs de l’art et la culture ».
Ainsi, par exemple, au bâtiment de la Sucrière, (friche convertie), l’exposition s’ouvre sur un portail motorisé, placé de façon à ce qu’il pivote, à rythme irrégulier, de 180°pour entamer de plus en plus fortement le mur qui lui sert de soutien (Shilpa Gupta, Untitled, 2009). Même si la porte et ses spectateurs sont « surveillés » depuis un échafaudage d'acier en retour de la salle, muni de plusieurs caméras et attribué à Jimmie Durham (Regarde, 2009), n’est-ce pas proposer une forme de redondance, offerte d'emblée au titre de l’exposition ?
Il en est de même dans la plus grande partie de l’installation, qui propose un inventaire de pratiques déclinant chacune leur identité en déclinant celle de Biennale : à chaque station, on peut se contenter de vérifier son titre. Du street-art machinique organisé par Barry McGee, à la muséification des articles ménagers opérée par Michael Lin, des barrières de sécurité dessinées de Bani Abidi, aux excroissances monumentales de bandes magnétiques installées par Mounir Fatmi, des voitures-jouet envoyées dans l’espace urbain par le groupe He-He, aux paysages lilliputiens de détritus que fabrique Takahiro Iwasaki, proposant des pagodes ou pylones émergeant de sac poubelle ou de serviettes de bain (avec l'effet micro-flatteur des puces sauteuses ou des architectures dans un grain de riz)...Les œuvres se chargent (ou sont chargées) de faire le pont entre spectacle et quotidien. Autrement dit, les artistes sont responsables.
Et quelle responsabilité!Un exemple extrême: les « rendus » au jour le jour, dessinés par Laura Genz, de l’occupation de la Bourse du Travail à Paris en 2008 par des travailleurs sans-papiers désormais évacués de ce lieu (et, plus récemment, des trottoirs adjacents du Boulevard du Temple) : l’ensemble est présenté dans l’enceinte de la Fondation Bullukian, Place Bellecour. De l'autre côté de cet exemple là, il y a la performance de Dora Garcia, qui propose de voler le livre "Steal this book" de l'activiste américain Abbie Hoffman (1971), comme condition nécessaire et suffisante pour accéder aux travaux de l'artiste inventoriés au sein de ce livre.... La tentative, d'un côté comme de l'autre, de se fondre dans la vie, se réifie.

Certes, on peut admirer l’effet de dé-hiérachisation produit par l’ombre de plusieurs chiffons, linges suspendus sur différents plans, qu’une projection lumineuse inscrit exactement au même niveau (
Eulàlia Valdosera) ; ou les deux Principes d’Economie, rectangles de sucres français et pains de sucre marocains de Latifa Echakhch, qui réalise également un sol en linoléum incisé de « figures » (au sens patinage du terme) d’architecturales modernistes. Dan Perjovschi est toujours aussi drôle et le « docu-drama » Iracema (de Questembert) de Maria-Thereza Alves offre une percutante actualisation du bon sauvage dans la France d’aujourd’hui, y compris à la Villa Medicis de Rome (Prix de l’artiste francophone de la Biennale 2009). Les cabanes à cinéma d’Agnes Varda font rire et pleurer. Dire qu’on les aime bien, comme on aime l’outing des possesseurs de « cartes vertes européennes » de et par Société Réaliste, comme on aime la pièce de Pedro Reyes, déjà vue à la Maison Rouge (50 pelles en métal fondues à partir de 1527 armes données par les habitants de Culiacan Mexico, Mexique), n’empêche pas qu’on se demande encore ce qu’on pense de l’exposition dans son ensemble.
En France, en 1964, Gérald Gassiot-Talabot avec deux peintres, Rancillac et Télémaque, proposait, sous le titre Mythologies Quotidiennes
, le regroupement d'une figuration narrative, qui, dans son élan, annonçait des artistes se fixant l’objectif de faire à nouveau de l’art un outil de transformation sociale. Avec les années 1990 et l'esthétique relationnelle, il a été proposé aux artistes d'aménager le décor quotidien, plutôt que de le refaire. Et maintenant, où en est-on? Ben...
Prenez les Chair Events
de George Brecht . Ils sont, si on a bien compris, quelques-uns dans la collection du MAC's de Lyon. Ces associations de chaises et d'objets simples, fonctionnant comme menue monnaie à valeur variable, servent ici plus de signalétique que de situation historique. C'eût été peut-être un fil à tirer pour que l'exposition, du coup, formule sa généalogie dans quelque chose d'inconnu et d'insaisissable, qui surgit des sous-sols, réfractaire dans son inquiétude à toute certitude.

1 commentaires:

eric sevy said...

... "Et maintenant, où en est-on? Ben..."
tout d'un coup on sent lbv juste tellement juste
et grave.

par contre c'est Mounir FatMi (mais c'est pas bEN grave)