A toute seigneuse, toute honneuse, commençons par l'expo Marguerite Gérard à Cognacq-Jay, musée malheureux (autrefois dans le bâtiment de la "Samaritaine de luxe" sur les Grands Boulevards, toute une (Belle) époque) coincé dans un hotel du Marais et qui abrite la collection de mobilier, d'objets décoratifs et de peintures XVIIIè de Monsieur Cognacq et Madame Jay. Marguerite Gérard est ainsi dans son jus (le musée d'ailleurs possède un tableau d'elle, le Portrait de Ledoux) du moins celui que lui propose l'exposition, puisque c'est la version 1787-91 qui est ici privilégiée.
Il s'agit, explique Carole Blumenfeld ("espoir de la conservation" selon Pierre Rosenberg, qui introduit le catalogue) d'exposer ici une "position stratégique au coeur de la scène parisienne" à l'aube de la révolution. Celle d'une élève et collaboratrice de Jean-Honoré Fragonard (avec lequel elle produit, entre autres, Le Chat Angora, parmi leurs beaux tableaux communs). Marguerite Gérard, en effet, va choisir un format, 21x16cm (même pas celui d'une feuille de papier ) et un genre, le petit portrait privé, comme carte de visite artistique. La notion de stratégie esthétique comme choix de visibilité artistique vient ici corroborer ce que nous avons tenté d'étudier avec Catherine Gonnard dans notre histoire des artistes femmes en France, histoire que nous abordons un siècle plus tard.
Fin XVIIIè, le portrait connait alors un boom, y compris en miniatures, faites pour être portés et non exposées. En même temps, avant 1789, se développent les profils exécutés avec le procédé du physionotrace. Alors que Fragonard fait ses Figures de Fantaisie, Marguerite Gérard choisit ses propres formes de représentation : des figures, souvent assises, qui regardent vers le spectateur. Munies chacune de leur instrument de prédilection, elles représentent des peintres, Hubert Robert, des architectes, Ledoux ou Charles de Wailly (l'archi de l'Odéon), des musiciens, Grétry, deux musiciennes, des actrices et des personnes en attente d'identification. Soit la "la scène" artistique à Paris, entre Louvre et Palais Royal, dans leur version intime, non officielle. Carole Blumenfeld compare les portraits de Marguerite Gérard aux Portraits de Société d'Andy Warhol. Elle n'a pas tort, non seulement sur la parenté du choix d'un format unique, mais pour la volonté, égale chez les deux artistes, d'illustrer un "réseau de sociabilité" où les artistes ont une place mais où s'inscrivent également ceux ou celles qui les fréquentent et sans doute qui les subventionnent, et où l'auteure elle même a sa place.
Wednesday, September 16, 2009
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