Sunday, August 23, 2009

Nouvelles Mochetés (22): les toilettes de Paris


Après la "sanisette", l' "abribus", la "sucette" et, pardon! le "vélib", voilà que Decaux implante une nouvelle génération de "toilettes" sur le sol parisien. Au pluriel. L'usage du terme au singulier aurait sans doute un peu trop connoté la situation d'urgence des sans-logis. La fonction pipi-caca reste donc privilégiée dans ce nouvel édicule de taille imposante, encore muni cet été de son paquet cadeau de barrières vertes et grises. 400, au total de ces " sanitaires automatiques à accès universel " devraient être ouvertes.
L'argument massue de leur communication est celui de leur
"éco-conception", grâce à l’utilisation d'énergies renouvelables, de matériaux recyclables, à l’usage d’eau de pluie et de produits écologiques pour leur entretien. Mieux, les toilettes sont destinées à être gratuites.
C'était déjà le cas de la sanisette, rendue à la gratuité après avoir été d'abord payante après sa construction en masse (400, également) au début des années 1980. Elle n'avait jamais remplacé la "tasse", la vespasienne parisienne réservée au public masculin (au XIXè siècle, le flâneur est mâle, du moins il a seul le droit de soulager sa vessie dans la rue )-- lieu de sociabilité virile, de rendez-vous des résistants et d'usages sexuels variés, notamment avec les "mouillettes", morceaux de pain laissés là pour... vous voyez quoi.
La disparition des vespasiennes, programmée dès 1959, avait été entérinée par la majorité de droite en 1980, qui avait voté l'autorisation de construction des quatre premières sanisettes payantes ( un contrat ayant été passé avec Decaux en 1991). Mais un certain nombre fut mis au placard ou au rencart et la plupart des sanisettes souffraient de désaffection, n'ayant pas exactement reçu l'accueil escompté. Un, il fallait avoir des pièces d'1F pour y rentrer et deux, l'effet de clôture intégrale et l'automatisme implacable du déclencheur de chasse-d'eau à effet véritablement chassant, avait vite produit son lot d'histoires sinistres et en particulier celui d'une fillette littéralement avalée par le mécanisme d'évacuation. Néanmoins, le système d'alarme automatique ne se déclenchant que toutes les 20 minutes, il était possible d'aménager d'autres utilisations de cet endroit fort clos. La sanisette a eu de plus en plus mauvaise presse. Déjà, au moment de son implantation, certains arrondissements, comme le VIIe et le Ve, avaient refusé pour des raisons de standing...Sa gratuité eut donc un prix : la fermeture de nuit ou la fermeture tout court. Aujourd'hui, force est de constater que les trottoirs s'ornent de plus en plus de rigoles pisseuses.
L'architecture des nouvelles toilettes destinées à remplacer le parc antérieur est de type, paraît il "cabine": pour des cabinets, ça s'impose. Pour l'instant, LBV n'en a point pu scruter l'intérieur L'extérieur ne déborde pas vraiment d'imagination. On nous vante son design "inspiré d’un tronc d’arbre". D'aucuns, comme Jérôme, s'échauffent un peu devant le côté chapiteau de la cabine(tte) : "Thèbes" et Christophe s'exclame en retour : "Thèbes, peut-être, mais alors, revue à la mode Georges Frêche! Idéal pour son Antigone (signée Bofil, et non Sophocle)". Quant à la couleur, elle est, évidemment, de cette sorte de marron ou de beige fumé, qui signe le mobilier Decaux (architecte : Patrick Join; papier-toilettes : Kimberly)

7 commentaires:

dette said...

J'adore ce genre d'écriture!

Emma said...

"Thèbes mode Frêche" excellent... Il n'y a qu'à voir ce qu'est devenu Montpellier, "cité" la plus laide de toute la Méditerrannée (à moins que ce ne soit Fosse-sur-Mer...)

Cécile said...

il y a longtemps que je ne suis pas pasée par ici.
je constate que vous êtes en très grande forme !! Votre billet sur le restaurant des Arts décos m'a fait beaucoup rire - (je ne vais jamais dans les musées pour leurs tables, personnellement !!) Avez-vous testé celui du MQB ? la vue est paraît-il imprenable, ce qui est dans les assiettes est, paraît-il cher, mais impossible de savoir si c'est bon, chiche, généreux, gras, rustique, exotique, moderne ou quoi ???
l'on m'avait dit que les sanisettes avaient été placées en l'accès suite à revendications d'associations d'aide aux SDF qui militaient pour l'accès gratuit au lieux les plus nécessaires et les plus communs. (un droit - au même titre que le verre d'eau non payant dans les cafés)
J'ai bientôt achevé votre pavé (à quatre mains) sur les artistes femmes / femmes artistes de Paris. Excellent travail de collecte, de recherche, d'interviews et d'analyse, sur les artistes, les galeristes, mesdames !! trop même ! :-)
Je redoute que les analyses jalonnant l'exposition des Elles de beaubourg (dont j'ai vu la première partie où les oeuvres des femmes sont entrelacées aux oeuvres des hommes) ne me semble insipide ou un peu courtes par comparaison ...

Anonymous said...

ouais bon là lbv n'a rien à faire et rien à dire: après la jupette khadaf, les sanisettes louxor. N'empeche que c'est spacieux, ouais on se dirait dans un airport, propre ouais et qu'il y a un point d'eau gratuit derrière! t'as même pas besoin de rentrer dedans. C'est une fontaine aussi!
Arrêtes de râler, lbv, c'est l'automne

Anonymous said...

Je vous accorde que ce n'est pas très joli, mais il fallait trouver une solution, et vite! La France est un des seuls pays occidentaux où l'on doit payer pour pisser. Pas de toilettes publiques, et façe à l'abrutissement de certaines personnes ("j'ai envie de pisser, je pisse sur le mur"), ces toilettes publiques auto-nettoyantes et gratuites me semblent bienvenues.

élisabeth lebovici said...

Et Decaux, là dedans, rien à dire? Que les espaces publics de la Ville de Paris soient emplis de sucettes, sanisettes, abribus, distributeurs, etc. qui portent la marque Decaux, y a pas de problème?

Anonymous said...

Ca ou autre chose...