COMMUNIQUE
L’AICA-France s’associe au communiqué de Marie-Laure Bernadac, Henri-Claude Cousseau et Stéphanie Moisdon, et soutient pleinement ses trois collègues.
La présidente
Geneviève Breerette
PRESUMES COUPABLES : 10 ANS APRES
Mis en examen à la fin de l’année 2006, après six années d’instruction et d’ enquête sans qu’ait pu être produit aucun élément susceptible de nourrir la thèse de l’accusation (avis positif de la Brigade des mineurs et du Rectorat), et après qu’en mars 2008 le Procureur de la République de Bordeaux a requis un non-lieu, Marie-Laure Bernadac, Henry-Claude Cousseau, Stéphanie Moisdon font aujourd’hui l’objet d’un renvoi en correctionnelle par le Juge d’instruction Jean-Louis Croizier. Il leur est reproché d’avoir, dans le cadre de l’exposition intitulée « Présumés innocents, l’art contemporain et l’enfance », organisée en 2000 au CapcMusée d’art contemporain de Bordeaux et vue par plus de 40000 visiteurs, présenté des œuvres à « caractère pornographique et violent ».
Avec cette décision, qui, fait rarissime, passe outre les réquisitions du Parquet de Bordeaux, c’est toute la communauté artistique et professionnelle, nationale et internationale, et l’image culturelle de la France qui se voient accusées, humiliées et discréditées.
Pour la première fois en France deux directeurs de musée et un commissaire d’exposition comparaîtront en Justice pour avoir montré des œuvres d’art déjà diffusées partout dans le monde ou vues depuis dans des manifestations sans susciter la moindre réaction du public. Ils seront jugés pour l’avoir fait dans le cadre d’une réflexion collégiale, partagée avec leurs autorités de tutelle, fondée sur un des sujets majeurs de l’histoire de l’art.
Ce procès d’un autre siècle, témoin d’un obscurantisme menaçant, instruit avec un acharnement irrationnel par un seul juge, au mépris de la création artistique et du droit des individus à accéder librement à toutes les formes de l’art se déroulera à Bordeaux sous la pression d’une association locale de protection de l’enfance, La Mouette, soutenue par une presse extrémiste condamnée pour diffamation à l’encontre de l’un des accusés.
Peut-on imaginer que ce qui est regardable, acceptable partout ailleurs, ne le soit pas à Bordeaux ?
Dans quelques mois, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, seront jugés le travail et la conviction de servir l’art et la culture de trois personnalités unanimement reconnues dans le monde de l’art pour leur engagement et qui ont déjà reçu des milliers de soutiens venus de tous les horizons.
La tentative de criminalisation qui touche aujourd’hui les artistes, les acteurs et les lieux culturels qui les diffusent, doit appeler à la plus grande vigilance à l’égard d’une censure toujours prompte à instrumentaliser les causes les plus nobles, comme la protection de l’enfance, à des fins autoritaires et liberticides.
MARIE-LAURE BERNADAC, HENRY-CLAUDE COUSSEAU, STEPHANIE MOISDON
Contre toute attente, les deux magistrats chargés de l'enquête sur la fameuse exposition Présumés innocents, l'art contemporain et l'enfance organisée en 2000 au CAPC à Bordeaux n'ont tenu aucun compte des réquisitions de non lieu formulées, il y a plus d'un an, par le parquet. Les juges d'instruction ont renvoyé devant le tribunal correctionnel le directeur d'alors du CAPC, Henry-Claude Cousseau, et les deux organisatrices de la manifestation, Marie Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon.
Ces dernières, dans un communiqué commun, " ne peuvent que déplorer la poursuite de cette procédure". Voilà donc l'organisation d'une exposition d'art contemporain tout ce qu'il y a de plus officielle, sommée de répondre des chefs de "diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique et de diffusion de messages violents, pornographiques ou contraires à la dignité humaine susceptibles d’être vus par un mineur" (Les magistrats instructeurs en charge du dossier n'ont pas estimé pouvoir poursuivre la vingtaine d'artistes également désignés par les plaignants pour "corruption de mineur"). Les commissaires Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon," continueront bien entendu à défendre la liberté d’expression et l’art contemporain devant le Tribunal".
De son côté, Me Emmanuel Pierrat, avocat des deux commissaires, a évoqué dans un communiqué à l'AFP "une situation judiciaire unique en France" dans le domaine artistique.
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