


Mark Wallinger, Time and Relative Dimensions in Space, 2001; Vija Celmins, To fix the image in memory XII, 1977-82, Joanna Kane, William Blake (1757-1827), photographie digitale d'un masque mortuaire, 2008.
LBV, invitée à Londres pour converser avec Griselda Pollock sur l'oeuvre d'Annette Messager, dont la rétrospective est actuellement à la Hayward Gallery, a également vu pour son plus grand plaisir l'exposition de Roni Horn aka Roni Horn à la Tate Modern; elle a appris beaucoup de choses sur Rodchenko, Popova, mais aussi Stepanova et Vesnin (Tate Modern également) et les nouvelles orthographes de Meyerhold, écrit désormais : Meirkhol'd, etc. En fait, elle y reviendra puisque les destins du constructivisme et celui de Kandinsky, dont l'exposition énaurme a ouvert à Beaubourg, se sont croisés à Moscou peu après la révolution de 1917....
LBV aimerait d'abord faire part de son intérêt pour l'exposition de Marc Wallinger, localisée juste au dessus de celle d'Annette Messager à la Hayward.
Marc Wallinger, c'est l'artiste qui a transporté, sous le titre de State Britain, la réplique d'un campement, toujours installé depuis le 2 juin 2001 face au Parlement britannique, par Brian Haw, un militant pacifiste dénonçant la situation des enfants victimes des sanctions économiques contre l'Irak, la guerre d'Irak (et tout récemment, l'invasion de Gaza) : d'abord devant la Tate Britain, puis aussi au MacVal...
A la Hayward, Wallinger ne quitte pas vraiment la guerre, puisque c'est à un arbitraire voisin, celui des frontières, des limites, des carrefours, qu'il s'intéresse en tant que curator/artiste, avec "Marc Wallinger curates :The Russian Linesman"-- expression empruntée à la coupe du monde de foot 1966, entre l'Angleterre et l'Allemagne de l'Ouest, où que l'appréciation d'un juge de touche soviétique (qui n'était pas russe, en réalité mais d'Azerbaidjan) avait donné la victoire aux anglais, ne justifiant son arbitraire que d'un mot, un nom propre : " Stalingrad".
Nous voilà donc chez le juge de touche, ou plutôt sur la touche, à se demander où verser. A la limite: ainsi la voix de James Joyce, lisant le chapitre d' "Anna Livia Plurabelle" (où l'écrivain imite les sons de la rivière entre nuit et jour), berce la vision de la Porte de la Mort (William Blake), accrochée non loin de la Porte du 11 rue Larey, ni ouverte ni fermée, de Marcel Duchamp, ou plutôt, non! de Sturtevant, évidemment, pour ajouter une fourche à l'autre.
Tout comme cette installation hilarante à deux écrans d'Amie Siegel, juxtaposant des extraits de films berlinois de l'Est à ses propres remakes, plan par plan, dans les mêmes rues et escaliers mais dans Berlin réunifié, où l'ancien fonctionne doublement "comme une partition", rejouée depuis la chute du mur. Comme cette sculpture à deux entités de Vija Celmins, une pierre de bronze exposée avec la pierre tout court, qu'elle répliqua, aux limites du visible, et qui voisine avec un crucifix peint en trompe l'oeil--pas une crucifixion--de Leopold Boilly. Non loin, est projeté le film Veronique Doisneau, par Jérome Bel, où la danseuse éponyme, à quelques jours de sa retraite, interprète le rôle qu'elle aurait toujours aimé danser et, en solitaire, représente les pièces au répertoire de l'Opéra qu'elle n'aime pas.
De la partition d'une ville ou d'un pays à la partition jouée, on trouve aussi la jubilante deconstruction opérée par Tacita Dean, exposant le script d'un bruitage et filmant les deux extraordinaires performeur/se manipulant leur corps et des objets improbables pour créer les bruits de la pluie, des pieds dans les flaques, le bruit du vent, d'une fenêtre, d'un baiser, de la peur, etc. tout en faisant entendre le résultat -- la narration des bruits mixée-- grâce à des hauts-parleurs. Formidable "départition" ou "re-partition" d'images et de sons.
Monica Sosnowska, extra, elle aussi, produit avec son Corridor, un effet "dramatique" aussi stupéfiant que les effets illusionnistes de la cabine téléphonique du Dr Who, série télévisée dont Wallinger a reproduit l'ascenseur inaugural, tout d'aluminium.
Il s'agit beaucoup ici des "lignes" dans les sens, à la fois plastiques, politiques voire stupefiants, du terme. Aux installations de ficelles de Fred Sandback, créant les conditions d'une vision par lignes dans l'espace, répond le seul film qui documenta "l'après" de la performance du funambule Philippe Petit, en 1974, entre les deux tours du World Trade Center. Le document pris d'hélicoptère montre le lendemain matin: la ligne blanche de la corde du délit.
Des gravures de Durer, représentant l'appareil à tracer une perspective (et la mentonnière qui va avec); des vues stéréoscopiques hallucinatoires produites dans l'Allemagne d'Hitler et de son sculpteur favori Arno Breker, auxquelles Wallinger a ajouté ses propres images de la "ligne verte" de la partition de Chypre; un fragment de You Tube, rigolo, narrant la cérémonie du drapeau à la frontière indo-pakistanaise à Wagah (posté sur LBV); des photos de Muybridge où s'insère Revolving Upside Down, vidéo de 1969 de Bruce Nauman; des photos du 49è parallelle et de Jerusalem; des caricatures atroces de têtes coupées et de victimes du choléra, faites par Ronald Searle, dans un camp japonais, pendant la 2è guerre mondiale; un tableau anonyme du Chemin des Dames pendant la guerre de 14-18; une pièce d'Aernout Mik, rapportant sur deux écrans les images écartées par les télévisions dans leurs reportages de guerre en Yougoslavie, c'est à dire "ce qui n'est pas passé"...Tout cela et bien d'autres éléments composent une sorte de frise. Il s'agit, en effet, d'une proposition de narration, de récit, même tiré par les cheveux, fragmentaire, équivoque, ambigu, qui ne se pose pas en "oeuvre d'artiste" mais parait quand même complètement articulé par une personne, qui a fait comme il a voulu.
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