

LBV lit dans artforum la mort d'Hanne Darboven (intervenue le 9 mars chez elle dans les environs d'Hambourg ; mais sa mort n'aurait été annoncée que quelques jours plus tard); c'était une artiste formidable, solitaire jusqu'à l'extrême et la frénésie, dans son désir systématique de maitriser le temps et donc de comprendre le monde, selon une temporalité certainement plus étendue et musicale, que l'horloge parlante des images de notre réalité quotidienne.
Née à Munich, ayant étudié aux Beaux-Arts de Hambourg, Hanne Darboven part en 1966 pour New York et rencontre la scène minimale. Son travail quotidien d'écriture et de chiffrage sur des pages de papier millimétré se signale à Sol LeWitt, Lucy Lippard, Kasper Koenig et à Konrad Fischer, dans la galerie duquel elle a sa première exposition personnelle à Düsseldorf en 1968. La question des dates, des chiffres du quotidien et de leur fonction systémique commence là.
Ce travail n'a pas véritablement changé depuis, il s'est juste étendu, amplifié, infiniment et inexorablement. Inscrivant des lignes géométriques, des suites de nombres, incorporant citations et collages sur des feuilles de papier, il a constitué à échelle de plus en plus monumentale, une méthodologie pour chiffrer et à la fois, pour rendre visible le temps: celui de l'écriture mais aussi celui de la musique, des mathématiques et d'une histoire culturelle qui déborde largement la biographie ou la situation géographique de l'artiste. Ainsi, les 2782 feuillets manuscrits ou tapés à la machine, ou encore dessinés, qui ont constitué Leben, leben/Life, living pour compter de 1900 à 1999. Ces dessins rendent ainsi visibles deux temps : celui de leur création, celui, historique, qu'ils installent ensemble dans la temporalité de l'exposition.
Sur les murs couverts de feuilles, encadrés, en une grille serrée, il s'agit toujours de compter, d'inscrire mais aussi de copier, de recopier : à partir de 1971, Hanne Darboven recopie des textes tels L'Odyssée d'Homère ou Les Mots de Sartre, ou encore des passages d'encyclopédies consacrés à Napoléon ou à Bismarck, des discours politiques, des partitions musicales, entre autres. Vers 1979, des images de diverses sources (photographies, reproductions, couvertures de journaux, etc.) s'ajoutent à ces ensembles. En 2002 à la Documenta de Kassel (elle avait également participé à la Documenta 5 d'Harald Szeemann en 1972 et à la Documenta 6, la suivante) elle expose Kontrabasssolo, opus 45 sur trois étages du musée Fridericianum. Elle avait aussi exposé en 1984 dans la manifestation "allemande " de Kasper Koenig intitulée Von hier aus à Düsseldorf, son travail Pour Rainer Fassbinder. On l'avait vue, à Paris, au musée d'art moderne de la Ville, avec son Histoire de la culture 1980-1983, 24 chants, en 1986 et plus récemment dans l'accrochage de Philippe-Alain Michaud, le Mouvement des Images, à Beaubourg.
En 2000, Hanne Darboven avait créé son propre fonds : http://www.hanne-darboven-stiftung.org
2 commentaires:
Merci LBV pour cet article, c'est une très grande artiste qui nous quitte, son travail n'est malheureusement que trop peu connu en France, comme tant d'autres femmes d'ailleurs. (soupir)... Bis bald Hanne.
Thank you for this. Hanne Darboven has always been criminally under-written in the Anglo-Saxon world. This is a sad loss.
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