Peut-être parce qu'il était un bruiteur de l'anonymat, fabriquant des installations de sons ("sound installations") qui n'étaient, ni des concerts, ni de la musique, ni des spectacles, ni des événements mais destinées à être perçus "au débotté", dans un environnement spécifique mais non marqué. Un exemple, celui de Times Square, à New York, où, entre 1977 et 1992 (et, semble-t-il, à nouveau depuis 2002) un son s'échappait d'une bouche d'aération, l'"après-bruit" d'une sonnerie de cloches graves, rendu impossible à identifier du fait du tintamarre ambiant. C'est d'ailleurs l'une des seules installations sonores de Neuhaus aux USA (avec la Dia:Beacon), alors qu'il a beaucoup travaillé en Allemagne (toute une installation autour d'un échangeur de voies ferrées, à Berlin, un travail lié à la DAAD, entre autres) en Italie (Rivoli...), en France.
Percussionniste, Neuhaus, qui a été l'un des premiers à fabriquer de la musique electronique "live" (1968), est aussi l'un de ceux qui a installé le son dans l'art contemporain. Il a aussi beaucoup fabriqué de réseaux radiophoniques. Mais ce qu'on connait le mieux de son travail, c'est, par exemple, ce bruit d'oiseaux qui apparait (ssait?) au coin d'une rivière dans le centre d'art contemporain de Kergehennec : oiseaux enregistrés restitués à un contexte soi-disant naturel, qui fait ainsi apparaître son caractère de "jardin de sculpture".
Le truc qui est toujours intéressant, avec Neuhaus également, c'est l'absence de source sonore désignée et repérable, de "signature", fût elle d'un instrument ou d'un lieu. Neuhaus aimait à raconter combien les institutions ne pouvaient supporter que ces installations ne soient pas signées, marquées, bardées d'étiquettes, de plaques ou de cartels qui auraient rendu à la fois l'artiste, le travail et l'effort institutionnel plus visibles. Il en avait été de même pour son projet de la Gare Montparnasse.
Depuis les 70's, Neuhaus voulait faire quelque chose dans le long, très long passage souterrain qui réunit plusieurs lignes de métro, la Place du 18 juin et l'ancienne gare Montparnasse, à la gare actuelle (là où a été installé un CGV, corridor à grande vitesse). Rien ne s'était passé jusqu'à ce qu'un groupe de sociologues, travaillant avec la RATP dans les années 80, soit intéressé. Mais là, problème : lorsqu'on lui demanda quel était son projet, il dit qu'il n'avait pas la moindre idée, que sa méthode consistait à entrer dans un espace sans idées préconçues, explorer ses sons à l'oreille et fabriquer le travail à partir de là.
En 1983, la RATP lui promet un peu d'argent. Mais là, nouveau problème : au Ministère de la Culture, qui doit être intégré au projet, on fait la gueule grave parce que ce Ministère n'a pas été le premier sollicité ! Entre temps, Neuhaus a commencé à travailler entre 1 et 5 h du mat. Après des mois de négociation, il arrive à faire une réunion avec la DAP, bureau des relations avec les entreprises... La personne des arts plastiques, alors, lui demande de "jouer" sa pièce. Il n'y a évidemment rien à entendre préalablement à la réalisation de l'installation. Re-gueule. On lui demande alors de "faire une maquette". Très rigolo.. Bref, au bout d'un certain temps, un marché lui est proposé : s'il trouve 70% du pognon, le ministère lui file les 30% restants. Un peu interloqué, Max Neuhaus qui ne parle pas français, leur demande si ce n'est précisément pas leur boulot, de trouver des entreprises intéressées? Quand même, il trouve quelqu'un, qui trouve l'argent et le fait savoir. Et il attend. Il attend. Et le soutien de la RATP disparait au bout d'un an. Le ministère de la culture n'avait jamais répondu.
1 commentaires:
Mais si mais si, à Times Square cette installation sonore est toujours présente, un magnifique bloc de son audible quel que soit la circulation. Et également au Dia:Beacon, une belle vague sonore. Dommage en effet qu'elle ne soit pas rénovée à Kerguehennec.
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