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Vous allez animer un conseil pour la création artistique, présidé par Nicolas Sarkozy. Quel est son rôle ?
Marin Karmitz : Cette structure part d'un constat : la culture a disparu du champ politique".Voilà comment commence l'entretien du Monde (14/1/2009), par lequel Marin Karmitz annonce son "passage " (*déjà opéré, via Le Monde, par une défense ardente de l'idée Sarkozyenne d'une nomination et d'une révocation par le chef de l'Etat du responsable de France Télévisions) à la direction d'un conseil artistique directement relié à l'Elysée.
Lire cette première phrase de l'entretien fait déjà super mal, du fait des mots prononcés: structure, constat, culture, politique et on n'oublie pas le verbe "disparu", bien sûr. "Constater", comme le fait Marin Karmitz, que "la culture a disparu du champ politique", qu'est-ce que ça veut dire? De quelle culture, au singulier (les cultures populaires ou militantes sont toujours au pluriel!) parle monsieur Karmitz et de quel champ politique, au singulier aussi? Réfléchissons.
Au singulier, le mot culture sous-entend qu'il s 'agit de la haute, celle qui se rabat sur une idée canonique de la "création", conçue comme l'initiative d'artistes nominaux et inspirés, fût-elle de masse, fût-elle destinée à être diffusée industriellement. Même s'il s'engage à ne pas s'occuper de patrimoine, c'est le modèle "grand palais", le modèle muséal, le modèle de la salle de ciné, le modèle de la salle de théâtre, le modèle du marché, où les oeuvres viennent témoigner de la capacité d'initiative, de rupture, de nouveauté, bref d'entreprise des artistes, inscrite dans une culture et une esthétique aux contours prédeterminés.
Au singulier, dire que la culture a disparu du champ politique, c'est tout simplement croire que le champ politique équivaut à la voie --ou plutôt la voix-- de son maître, celle, institutionnelle, du discours gouvernemental, ici présidentiel . D'où la seconde phrase qu'il énonce, dont on ne peut que faire ressortir l'ambiguité :
"Depuis De Gaulle et Malraux, puis Mitterrand et Lang, elle n'est plus au cœur de la politique".
A lire deux fois.
Qu'est-ce qu'il dit là Karmitz? Est-ce que ces deux paires de pères non pacsés ont saboté la culture, est-ce que depuis ces gens là, il n'y a plus de politique culturelle? Ou veut il dire le contraire en soulignant l'accouplement du président et de son ministre?
Mais retournons à un fait récent. Marin Karmitz, autrefois proche de l'esprit de mai 68 et aujourd'hui PDG d'MK2, avait récemment déposé un recours contre le projet d'extension de trois à six salles du cinéma d'art et essai le Méliès, subventionné par la mairie de Montreuil et soutenu par ses habitants, sous prétexte que ça lui faisait de la concurrence pour ses salles de l'Est (12è et 19è) de Paris.
Il avait alors notamment prononçé ces mots "Nous sommes dans une situation complexe, où la culture sert de prétexte à la politique politicienne dans le contexte des élections municipales."
N'en étant pas à une contradiction près, dans Le Monde " la culture a disparu du champ politique". Marin Karmitz s'entend ainsi à la faire réapparaître, mais dans les conditions qui auront été voulues en haut lieu.
Sur le musée ou plutôt la maison d'histoire de France, dont le projet a été établi par le PDG du musée des monuments français et de la cité d'architecture et du patrimoine du palais de Chaillot, on a bien raccolé ce matin sur... "France"-culture.
Rappelons, ce qui n'a pas été fait qu'en 1837, le roi Louis -Philippe créait une semblable initiative, d'un musée "dédié à toutes les gloires de la France", c'est à dire de la France victorieuse, omettant les défaites, bien sûr. 3000 tableaux avaient été commandés à des artistes du moment, pour témoigner du Moyen-Age à 1830 d'une identité nationale. Cette identité, établissant la linéarité monarchique et impériale française de Clovis à Napoléon 1er, culminait dans la grande galerie des batailles. Institué à Versailles, ce musée a été récemment rénové, montrant une conception de l'histoire qui fait se succéder des portraits, des effigies. On croyait en avoir fini avec cette rénovation. Mais là, semble-t-il, nous sommes passés de la notion d'une culture sous Sarkozy, affichant ses goûts pour Johnny et Barbelivien, pour Mireille et pour Bigard et passant la brosse à reluire à la culture Papale, à une culture Sarkozyenne, dont l'idéologie ne nous fait pas rêver.
2 Février, selon l'AFP : "Le Conseil pour la création artistique, qui a pour délégué général le producteur Marin Karmitz, comporte pour le moment douze membres représentant les différents secteurs de la culture. Il compte une seule femme, Dominique Hervieu, directrice du Théâtre national de Chaillot.On y trouve notamment :Hervé Chabalier, créateur et PDG de l'agence Capa, Emmanuel Ethis, professeur en sciences de l'information et de la communication, président de l'université d'Avignon,Henri Atlan, médecin, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et directeur du centre de recherche en biologie humaine à l'hôpital Hadassah de Jérusalem, Jacques Blanc, directeur du Quartz (Scène nationale de Brest), Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la Musique,Vincent Frerebeau, fondateur du label indépendant Tôt ou tard, Emmanuel Hoog, président de l'Institut national de l'audiovisuel, Olivier Meyer, directeur du Théâtre de l'Ouest parisien et du Théâtre de Suresnes Jean Vilar, directeur du festival Suresnes cités danse, Jean Vinet, directeur du Centre des arts du cirque de Basse-Normandie, et Laurent Le Bon, directeur du projet Centre Pompidou-Metz.
Que des dirlos (et une dirlotte) en somme.


4 commentaires:
Bravo LBV !
Mercredi dernier au Méliès, l'ambiance était plutot joyeuse puisque les organisateurs de la soirée nous ont annoncé que Le Méliès resterait ouvert ET serait agrandi.
J'y ai été témoin d'une scène qui je pensais ne pourrait jamais plus avoir lieu en France : la projection du documentaire sur La Borde ayant attiré beaucoup plus de monde que prévu pour la petite salle, il y avait 150 personnes dehors. On a alors demandé à la salle comble ce qu'il fallait faire : projeter et tant pis pour les autres ou bouger le film de salle mais avec un retard de 30'. La salle s'est écriée "solidarité avec nos amis dehors" et on a changé de salle...
Nan, ça fait pas rêver, mais alors pas du tout...ça ferait plutôt froid dans le dos !!
Plus de posts de notre chère Beau Vice... Va-t-elle bien ?... Ou bien attend-elle la Force de l'Art pour s'énerver un peu ??...
Marin Karmitz s'est toujours battu pour ses idées, il est doté d'une intelligence rare, quelle bonne chose qu'on lui fasse confiance, quelle richesse de par son parcours de "Camarade" au businessman qu'il est devenu aujourd'hui, enfin quelqu'un qui ne sera pas déconnecté de la réalité !
et quelle belle revanche sur tous ceux qui l'ont toujours envié et jalousé !
Noémie
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