Tuesday, May 15, 2007

Séminaire avec Peter Friedl, mercredi 23 à 19H à l'EHESS

"SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI"
Un séminaire conçu et organisé par Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Natasa Petresin dans le cadre du CESTA/EHESS.

Rencontre avec PETER FRIEDL
Mercredi 16 mai, 19H - 21H
ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES
96 Bd Raspail, 75006, Salle Lombard - RdC.

Né en Autriche en 1960, Peter Friedl vit où il travaille. On a pu remarquer son travail en 1997, à la Documenta X (celle dont Catherine David fut la commissaire) ou dans "Au-delà du spectacle" au Centre Pompidou en 2000, au Witte de With en 2000, 2003 et 2004. Il a également présenté "Luttesdesclasses" à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne en 2002, et participé à la très importante exposition "Zur Vorstellung des Terrors: Die RAF-Ausstellung" au KW institute for Contemporary Art de Berlin en 2005 qui interrogeait l'impact de l'activité terroriste des années 70 en Europe sur les pratiques artistiques.

Après avoir accompagné le grand mouvement de rénovation des avant-gardes théâtrales du début des années 80 (Bob Wilson, Richard Foreman, Meredith Monk...) par ses chroniques et ses comptes-rendus, Peter Friedl s’est tourné vers la production artistique à partir des années 1990. Se disant lui-même "pas très fan de l’(auto-) mystification générale qui règne dans l’art conceptuel, [...] il serait temps d’établir clairement que les réponses qu’il avaient apportées font aujourd’hui partie du problème", son travail réactive en les soumettant à une critique rigoureuse les thèmes et les dispositifs mis en place par la génération de Dan Graham ou Hans Haacke.
Playgrounds (1995 - 2006) est "une ethnographie esthétique, qui examine le terrain de jeu comme la scène où se développent les premières expériences publiques, institutionnalisées, de « petits » sujets (les enfants). À travers la série d’images, et en jouant de la différence et la répétition, cette scène se définit comme une topographie d’expériences possibles. Et en ce sens, elle est peut-être aussi une scène pour l’émergence d’une communauté".
Bellamy & Bellamy (1996), MOB (1997) ou Bremer Freiheit (1998/2003) témoignent de la volonté de redéfinir les frontières du genre et d’en initier une révision. Ces projets, complexes, sont toujours un problème pour le musée. Lotto Continuo (Loterie continue 1997), par exemple, était un projet invisible évoquant l’organisation italienne d’extrême-gauche Lotta Continua. Nothing can stop us (1999) était probablement le seul parking automobile installé à l’occasion de la Biennale de Venise, devant le pavillon autrichien, -le titre citait un slogan impérialiste américain des années trente tout autant qu'un album du musicien Robert Wyatt, en 1982. Theory of Justice 1992 - 2006 a été présenté au MACBA et a donné lieu à une publication: c'est une réponse à la tentative de renouvellement de la théorie du contrat social menée par le philosophe américain John Rawls entre 1971 (Theory of Justice) et 2001 (Justice as Fairness). À l'élaboration théorique libérale de la société comme système de coopération et poursuite du consensus, Friedl renvoie par le montage d'images prélevées dans la presse entre 1971 et 2001 à l'expulsion et à l'exclusion comme modes de déstructuration sociale, et aux diverses formes de résistance, parfois violentes, qui tentent d'enrayer le libre jeu des rouages institutionnels et des dispositifs économiques. C'est aussi, par la complexité du dispositif d'exposition et de publication mis en œuvre, une réflexion sur l'érosion des images dans l'économie médiatique.

Pour reprendre les termes de Friedl lui-même, "reste à voir comment ça marche":
Peter Friedl: "[...] Reste à voir ensuite comment ça marche quand on pervertit les circonstances."
Jean-Pierre Rehm: "Quelles peuvent être ces circonstances perverties?"
Peter Friedl: "Les circonstances dans lesquelles on est plongé. Quand tout le monde veut être spectateur et protagoniste en même temps - et en l’absence, certainement, de tout romantisme révolutionnaire -, et lorsque même le désespoir d’un Pasolini devient un exemple clefs en main pour le premier vidéo artiste hystérique venu (masculin ou féminin) ; alors, oui, les circonstances sont bel et bien perverses. Le vrai scandale, c’est la complicité. Ce pourrait d’ailleurs être l’occasion, pour une fois, d’évoquer l’autre côté, vos affaires à vous, et votre responsabilité, la pratique des commissaires d’exposition, des critiques... Si l’on veut bien admettre que le "cinéma" a été élu comme paradigme dans le champ des arts visuels au cours de la dernière décennie, il faut aussi discuter de la signification et des conséquences réelles de cette élection. Quelle conception du cinéma a été élue ? Et pourquoi celle-là, au juste ? Pour être concret, au cours des dix dernières années il n’y a pas eu de pratiques de commission d’exposition traitant correctement de film (de temps) et d’espace au sein des institutions artistiques. La mission a échoué. Les commissaires ont réellement l’air de penser qu’il suffit pour cela de convertir l’espace public (pour autant qu’il demeure public) en salles obscures. Cette conception mystique mise à part, n’importe quel idiot corrompu sait à présent comment monter une exposition qui a vaguement l’air politique.
[...] J’aimerais arriver à dire que je n’aime pas beaucoup la posture critique en art. Malheureusement, il semble que ce soit encore un peu difficile de faire ces clarifications sans manier le paradoxe, même si la matrice de ces clarifications devrait être (et elle est, d’une certaine manière) un lieu commun aujourd’hui. Je comprends bien votre question sur le modernisme, mais j’ai aussi l’impression qu’il n’y a pas grand chose de neuf à ajouter à son propos. La dramaturgie question/réponse elle-même est parvenue à un statut classique et auto-réalisateur. Mettre des guillemets autour, c’est une réponse. Tant mieux si l’on s’en contente. Proposition vraie : L’importance d’être moderne est surestimée. Proposition non moins vraie : L’importance d’être moderne est sous-estimée"(extrait de Malentendus en chantier", un entretien entre Peter Friedl et Jean-Pierre Rehm, in Multitudes 17, été 2004)."

Biblio:
-"Malentendus en chantier", un entretien entre Peter Friedl et Jean-Pierre Rehm, in Multitudes 17, été 2004, et dans le même numéro une sélection de "Playgrounds", http://multitudes.samizdat.net/rubrique480.html
- Peter Friedl Works 1964 - 2006, textes de Peter Friedl, Bartomeu Mari, Mieke Bal, Jean-Pierre Rehm, Roger Buergel, Norman Klein, catalogue de l'exposition du Macba, Barcelone, 2006.


Le séminaire "Something you should know" est soutenu par la fondation FABA

1 commentaires:

annick said...

le séminaire Peter Friedl était très intéressant quoiqu'il avait l'air d'être "fatigué"... dommage car certains points comme son rapport à l'usage de la mise en scène dans son travail, son rapport à la "mémoire collective", etc nécessitaient plus de précision... mais ça sera pour la prochaine fois... le prochain séminaire aura lieu le 30 juin, n'est-ce pas? Avec Olaf Nicolai... j'aime beaucoup son travail (et celui de son frère, Carsten)... les textes publiés dans le n°78 de la revue Parkett m'ont mis l'eau à la bouche... j'ai donc hâte de l'écouter...