
(déco de Noël de l'hotel de ville de Bobigny)
La mobilisation a été forte pour soutenir Henry-Claude Cousseau, ancien directeur des musées de Bordeaux, aujourd'hui directeur de l'ensb-a (école nationale supérieure des beaux-arts, à Paris), mis en examen par le parquet de Bordeaux le 15 novembre dernier pour l'exposition "Présumés innocents. L'art contemporain et l'enfance", qui avait eu lieu au CAPC de Bordeaux en 2000.
Hier, 19 décembre, ce sont les deux commissaires de l'exposition, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon, qui ont également été mises en examen. Elles ont été entendues par deux juges d'instruction et poursuivies pour cause de "diffusion d'images à caractère pédo-pornographique"; ce, à la suite de la plainte, déposée il y a six ans, de l'association d'extrême-droite La Mouette (au vu, simplement, du catalogue, même pas de l'exposition)... Vendredi, elles avaient reçu la mauvaise nouvelle, que la mairie de Bordeaux n'assumerait pas les frais de leur défense. LBV, qui a participé au catalogue de cette exposition, espère que la mobilisation sera générale : elles risquent une amende conséquente et/ou trois ans de prison.
"Ce qui est en cause, maintenant, dit Marie-Laure Bernardac sur France-Cul ce midi, ce ne sont plus les artistes ni l'art, mais les organisateurs, commissaires ou responsables d'exposition. C'est la fonction d'historien d'art ou de critique d'art, qui est traitée d'irresponsable. Selon "la Mouette", il faudrait interdire certaines exposition au moins de 18 ans!". Pourquoi ne pas interdire la vision du monde-- bien plus terrible-- aux moins de 18 ans? Après La Force de l'Art, c'est la haine de l'art qui se manifeste ici, de façon virulente, désignant des présumés coupables en montrant du doigt ceux ou celles qui montrent l'art, qui en font profession, qui cherchent à lui donner sens, bref, qui "en sont". "Nous sommes ridiculisés aux yeux du monde", ajoute Stéphanie Moisdon.
Le dossier est singulièrement vide.
L'une des préoccupations du juge, durant ces six ans d'instruction, c'était de lancer Interpol pour retrouver l'auteur de la photo qui montre Louise Bourgeois, "la vieille dame", tenant sous le bras une grosse bite, en l'occurrence l'une des œuvres les plus importantes de celle-ci, Fillette, aujourd'hui exposée en grandes pompes au Dia Art Center de Beacon, Etats-Unis. Il a donc écrit à un certain Robert Mapplethorpe.
Qui ne lui a pas répondu, étant mort en 1989. Isabelle m'a soufflé l'idée. Et si l'on imaginait la réponse de Robert Mapplethorpe au juge?
PS ; On parlera encore de Mapplethorpe, puisque c'est sur lui, là encore après sa mort, que s'était concentrée l'ire du conservatisme américain du début des années 1990.







