Thursday, July 20, 2006

Transe-script : Cerith Wyn Evans au Musée d'art moderne de la Ville de Paris




"In which something happens all over again for the very first time", Cerith Wyn Evans, Musée d'art Moderne de la Ville de Paris, ARC, jusqu'au 17 septembre. Puis Lenbachhaus, Munich. Le Beau Vice conseille d'y aller, par ces temps de chaleurs, le mercredi soir entre 20 et 22h...

L’exposition -- rétrospective? prospective?--de Cerith Wyn Evans accouplée à celle, formidable, de Dan Flavin au musée d’art moderne de la Ville de Paris est une de mes favorites. Parce qu’elle joint une esthétique « camp », déstabilisant d’un bon coup de cul, plutôt que d’un clin d’œil, les clichés formels du monde moderne, et une approche philosophique voire psychanalytique hypra-pointue sur le visible, sur l’impossible de la visibilité absolue, et en fin de compte, comme le disait Tim hier soir, sur ce point d’invisibilité que l’optique, même la plus sophistiquée, dérobera toujours à la vue. Voir, percevoir, revoir, concevoir, ce sont toutes ces opérations que Cerith Wyn Evans présente comme un manque à gagner de l'art… Ainsi Inverse, Reverse, Perverse ce miroir qui invertit qui renverse, qui pervertit --ce miroir, même fabriqué par les techniques les plus sophistiquées de la Nasa, ne sera jamais techniquement parfaitement concave-- avec sa courbure d’œil interne, nous fait apparaître certes, inversés et à l'envers, mais surtout détachés : formes découpées, de surface, sans profondeur ni psychisme. Des personnages dans un cabinet d'amateur . Bingo : un parallèle avec Philippe Thomas s’esquisse, que Cerith Wyn Evans lui-même (interrogé, par Leguillon, sur le rôle de ses cartels), a invoqué dans le séminaire qu’il a donné à l’EHESS, à la fin de ce mois de juin. Nous avions d’ailleurs immédiatement fondé un pacte tacite, quant à cette nécessité de montrer, maintenant, aujourd’hui, tout de suite le travail de Philippe Thomas, qui nous manque.
Dans l’arc de l’ARC, Cerith Wyn Evans a placé une installation lumineuse de 17 lustres blancs style disco-rococo (dont un en miroirs qui renvoie tous les autres), qui, tels des arbres de Noêl en suspension (cf photo téléphonée malgré l'interdit muséal) s’allument et s’éteignent, mais pas en même temps. C’est qu’ils ne disent pas la même chose dans leur langage binaire. Ces lumières, en effet, sont des récitations en langue électrique (on/off) de textes, dont les fragments – ou plutôt les morceaux, car ils sont interrompus au beau milieu d’un mot et commencés au milieu d’une phrase—sont écrits sur des écrans plats. Ceux-ci servent en quelque sorte de cartels monstrueux : les écrans numériques affichent à la fois les textes amis (extraits de Klossowski, Judith Butler, Eve Kosowsky Sedgwick, Nina Bo Bardi, Madame de Lafayette, J.C.Ballard, Mitsou Ronat, Xenakis etc.) et leur transcription codée, en Morse. Mais surtout, sur chaque écran, s’écrit au présent le « script » interprété par les lumières, chaque signe en Morse trouvant son équivalent dans une unité de temps lumineuse. L’événement de la ré-citation -–et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la langue Morte, pardon, de la langue Morse traduite en langage des Lumières -- s’effectue dans la co-présence de la citation. Ecriture et lecture se font et se défont, en même temps ; un temps hypnotique comme les visions les yeux fermés que procurent ici, les trois machines à rêver d'après Brion Gysin, qui projettent leur rotation lumineuse sur l'écran interne de nos paupières. De l’éternel retour à ces cercles vicieux, il y a évidemment ici matières à exciter Le Beau Vice.
PS : à ne pas rater, non plus : le jardin d'hiver pour Brion Gysin, l’offrande musicale de Florian Hecker, les portraits poinçonnés, dits « pénétrés », l’énergie lumineuse d’une paresseuse plante verte datée 2009, dans l' "aquarium" de l'ARC, etc.

0 commentaires: